Retrouver ses racines à Racine (Monogame en série, épisode 5)

Date : 21 juillet 2014
| Chroniqueur.es : Evelyne Papillon
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Julien, un nouvel ami, m’avait proposé qu’on parte en camping à Racine pour apprendre à se connaître. «Tu vas voir, dans le bois, on retrouve nos racines, les vraies affaires sortent.» Je n’avais jamais été une fan du camping sauvage, mais je me disais que ce serait une belle expérience. Et je dois l’avouer, mon coureur des bois avait un charme indiscutable.

Je m’achète un sac de couchage pour l’occasion. J’emporte avec moi des guimauves et l’espoir de ne pas trop faire de faux pas avec lui. La chemise à carreaux lui va à ravir. Il a ce grand sourire que seuls les hommes connectés à la terre peuvent avoir. Il blague, il est plein de vie, je craque.

Il n’a même pas de GPS, il est venu sur le terrain plusieurs fois et s’y retrouverait même à la noirceur. Moi, j’essaie de ne pas trop penser que je vais passer une nuit horrible. Car l’avant camping où on chante des chansons autour d’un feu en s’empiffrant et l’après camping où l’on déjeune dans la nature avec le chant des oiseaux me plaisent plutôt. J’ai un problème avec dormir presque à même le sol, avec un taux d’humidité dégueulasse, des araignées grosses comme le pouce et des moustiques produisant un bruit strident.

Julien me demande de monter la tente pendant qu’il allumera un feu. Je n’ai jamais fait ça, jamais toute seule en tout cas. Je regarde les piquets, je regarde le tas de tissu, je suis perplexe. Il va me trouver vraiment épaisse si je ne fais rien, alors j’essaie quelque chose. Jusqu’à ce que tout s’écroule. «Euh, Julien? Pourrais-tu venir m’aider après?»

Il ne comprend pas comment j’ai fait mon compte, mais ça ne fait rien, c’est un être patient. Il reprend tout depuis le début et la tente ressemble finalement à une tente. «Tu vas voir les étoiles ici, c’est vraiment autre chose.», dit-il. Je dois admettre que le ciel qui s’offre à nous ne se trouve pas en ville. J’entreprends de les compter dans ma tête, mais il y en a trop, c’est peine perdue.

On mange des saucisses sur le feu, puis on arrive aux guimauves. Je fais brûler les miennes volontairement pour qu’elles aient une super texture. «Tu ne penses pas que c’est cancérigène, comme ça?», me nargue-t-il. «En fait, les guimauves sont sûrement cancérigènes en elles-mêmes, peu importe leur cuisson.», dis-je. Son rire est doux à mon oreille.

Ce qui est vraiment fatigant, c’est le son des moustiques. Je crois que je préférerais entendre un ours, au moins, je saurais où il est et je pourrais me sauver en reculant, calmement, en fredonnant une chanson ou en faisant la morte (ça dépendrait de la sorte d’ours). Mais avec les maringouins, c’est l’hypocrisie totale. Ils signalent leur présence à la dernière seconde, souvent après m’avoir piquée.

Julien trouve que je m’agite pas mal pour ces petites bêtes. J’envoie un jet de produit anti-moustique dans l’air, par pure vengeance. On m’attaque, je me défends! «C’est parce que tu bouges qu’ils s’en prennent à toi.», m’explique Julien. «J’ai plutôt lu que ça dépendait de la composition de notre sang, le mien est fait de tout ce qu’ils aiment, crois-moi. En plus, mes piqûres enflent pendant deux semaines.»

Est-ce que j’ai perdu des points avec lui parce que je ne suis pas une fille de nature? Est-ce qu’on peut le devenir? J’espère me rapprocher de lui dans la tente. On s’étend chacun dans notre sac de couchage, puis il me propose qu’on les zippe ensemble pour avoir plus chaud. Je ne suis pas très séduisante avec ma tuque et mes bas de laine, mais il s’en fout. Le souhait que j’avais fait en voyant une étoile filante est exaucé.

Il me masse, me trouve tendue. J’avoue que je suis nerveuse. Il me demande pourquoi, dans un univers si bucolique, je suis stressée comme ça. «Souvent, je dors mal en camping. Tous ces sons qu’on entend, l’air qui passe, le soleil qui plombe le matin, etc.» «De toute façon, on n’est pas obligés de dormir.», murmure-t-il.

3h15 Même après nos petits jeux, je n’arrive pas à dormir. J’ai eu chaud, maintenant, je recommence à sentir l’humidité me transpercer les os. Je savais que même avec un beau spécimen comme lui, ce serait pénible. Demain, je vais refuser son invitation pour une fin de semaine de pêche. Je ne suis pas faite pour ça. C’est clair, je ne suis pas faite pour lui.

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