Bowling for Columbine

1 décembre 2002

Un documentaire de Michael Moore

Le bouillant réalisateur et auteur américain Michael Moore est réputé pour ses prises de position très critiques envers les États-Unis. Son dernier opus ne fait pas exception à la règle. Bowling for Columbine est un film-choc qui tente de comprendre les sources de la violence armée au pays de l’Oncle Sam. Pour ce faire, Moore fait son enquête avec pour point de départ la ville de Littleton au Colorado, théâtre d’une tuerie perpétrée par deux adolescents à l’école de Columbine en avril 1999.

En début de film, Moore nous raconte ce que c’est que de vivre au Michigan, son lieu de naissance, qualifié de « paradis des chasseurs ». Entre une visite dans une banque bien spéciale (Ouvrez un compte chez nous et obtenez un fusil gratuitement parmi notre vaste choix !!!) et une rencontre avec des membres d’un club de tir, il nous donne à voir une mentalité propre à certains Américains. Ainsi, la possession d’une arme à feu se veut comme un droit inaliénable inscrit à même la Constitution et, l’aspect sécuritaire que procure une arme est vu comme un moyen légitime de se défendre contre les « agresseurs », parmi lesquels il faut compter les voisins (On ne sait jamais qui peut nous attaquer). À ce chapitre, le cinéaste nous démontre la diversité de gens touchés par ce phénomène qu’on pourrait qualifier d’obsession sécuritaire.

Avoir peur… de tout ce qui bouge…

En effet, un spécialiste Interrogé par Moore qualifie les États-Unis de véritable « culture de la peur ». Les médias américains auraient une part de responsabilité dans tout cela, notamment à travers leur couverture sensationnaliste de l’information (Y2K, le bogue de l’an 2000, les « killer bees »). Résultat ? La télévision exerce une forme de conditionnement qui donne l’impression aux gens que leur quartier est vraiment dangereux; d’où la paranoïa, et le besoin de s’armer pour protéger les siens. Bref, une démonstration assez efficace des mécanismes de la peur qui régissent les comportements d’une partie du peuple.

Depuis le 11 septembre 2001, dès que l’Amérique est touchée, on cherche immédiatement un coupable sans trop prendre le temps de se questionner. C’est un peu le même phénomène que l’on observe avec les nombreuses tueries survenues dans ce pays depuis quelques années. Immédiatement après le massacre de Columbine qui a fait une dizaine de morts dans cette paisible école, les médias se sont interrogés sur les causes de cette violence gratuite. Résultat ? On a parlé de pauvreté et de violence sociale, au cinéma et dans les jeux vidéo, mais ce n’était pas suffisant. Il fallait personnifier le mal et on l’a trouvé en la personne « décadente » du chanteur rock Marylin Manson, que Moore a d’ailleurs rencontré.

De même, certains crient vengeance et véhiculent un discours patriotique et diabolisant. Charlton Heston, président de la NRA (National Rifle Association, lobby pro-armes) nous dit qu’il faut « vaincre le mal et unifier le pays ». Le discours d’Heston (ancien Ben Hur) est assez révélateur des valeurs de la droite ultra-conservatrice américaine. Cet entretien illustre bien la métaphore des célébrités intouchables et refusant de voir leurs responsabilités sociales (la NRA s’est réunie en congrès à Columbine immédiatement après la tuerie).

Et les victimes???

Moore a aussi gagné une bataille symbolique en obtenant que la chaîne de magasins Wal-Mart retire ses munitions au nom de deux rescapés de Columbine maintenant handicapés par des balles vendues librement dans ces commerces. Moment assez émouvant du film qui vient démontrer la nécessité de l’action collective pour faire changer les choses. Bowling for Columbine fait référence à la partie de quilles, activité obligatoire de cette école et au fait que les deux tueurs auraient ou n’auraient pas joué une dernière fois avant de viser de véritables cibles… Moore soulève beaucoup de questions… sans réponse. Après l’âme russe, faudrait-il dorénavant parler du désarroi collectif entraînant une nouvelle « âme américaine » ? Chose certaine, Bowling for Columbine gagnerait à être vu par le plus grand nombre. À surveiller à la Maison du cinéma du 13 au 17 décembre prochain.

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