Lors d’un séjour au Nicaragua, en janvier 2001, un groupe de stagiaires en sciences humaines du Collège de Sherbrooke’ a vécu une expérience qui sort de l’ordinaire dans un petit coin du Nicaragua un peu hors du monde comme vous le constaterez. Tous les stagiaires ont participé à la cueillette de café organique clans une coopérative de café qui vend sa production à 40 % via un regroupement coopératif qui porte le nom de CECAFE. Ce regroupement exporte son café organique équitable par le biais de Transfair. C’était la deuxième année que nous vivions une telle expérience, mais cette année le prix du café sur le marché conventionnel avait baissé de 11 cordobas à 8 cordobas ce qui se traduit par une détérioration des termes d’échange et à une baisse de rémunération à n’en pas douter pour environ 60 % de la production de cette coopérative.
- Stage institutionnel fait de concert avec le CSI et financé par l’ACDI
Du café, des visages et des sourires
Après un voyage de huit heures d’autobus au creux d’un paysage exceptionnel, nous arrivons enfui à destination : Santo Domingo, coopérative de café, à environ 150 km de la frontière du Honduras. Perchée au sommet d’une montagne au bout d’une longue route qui se défile comme un étroit ruban, la petite communauté qui nous a accueillies si chaleureusement vit principalement de la culture du café. Pour différentes raisons, ce mode de vie reflète une réalité difficile répandue en Amérique Latine. De fait, la période des récoltes ne s’étend que sur trois mois. Durant ce temps, tous les membres de la famille, petits et grands, s’affairent à la cueillette des précieux grains.
100 $ pour trois mois de travail
Un bon cueilleur réussit à ramasser 2 tatas (une luta représente une grosse chaudière) par jour, étant payé 5 córdobas par Tata (1 dollar canadien environ 8 córdobas). Après un rapide calcul, nous pouvons constater qu’une personne tire un revenu d’environ 100 S pour ces trois mois de travail. Étant donné que le reste de l’année sert à la préparation des champs et à quelques autres tâches non rémunérées. nous pouvons déduire que ce revenu représente leur principale entrée d’argent pour l’année. De plus, le manque de ressources de cette communauté rend la tâche encore plus ardue : matériel désuet, accès à l’eau limité, manque de terres facilement cultivables (les champs se situent dans les pentes des montagnes), absence de véhicules et de routes pour accéder aux plantations, etc. Pour ajouter aux obstacles de ces cultivateurs, le prix du café varie selon les marchés mondiaux, ce qui crée une instabilité défavorable à un quelconque développement réel.

Quitter la région pour s’instruire…
Un autre aspect qui nous a marquées est l’accessibilité à l’éducation pour les enfants de cette population. En effet, après l’école primaire, les élèves doivent se rendre à Tepalneca, la ville voisine, s’ils veulent poursuivre leurs études secondaires et universitaires. Pour s’y rendre, ils doivent marcher durant environ 2 heures ou encore payer 6 córdobas pour un aller d’autobus. Pour toutes ces raisons, l’exode rural représente une solution pour bon nombre de Nicaraguayens de cette région, qui quittent leurs patelins en quête de meilleures chances de s’épanouir.
Malgré l’extrême pauvreté qui sévit à Santo Domingo, on nous a reçues d’une manière inoubliable : une panoplie d’enfants vêtus de haillons se précipitant vers nous avec un sourire des plus merveilleux, des habitants au regard curieux, semblant nous inviter timidement à aller les rejoindre, des mariachis (musiciens : joueurs de guitare et chanteurs) nous invitant de toute part à aller les écouter, dans ce lieu où les concerts représentent un des seuls divertissements vu l’absence d’électricité.
Sur le plan personnel, ces quatre jours en montagne nous ont profondément émues. Le souvenir de ces visages, de ces regards et de ces sourires resteront gravés à jamais dans nos cœurs.
Isabelle Martin
Sophie Paré-Beauchemin
Lisanne Tremblay
Source : CSI-Informe printemps 2001 – vol. 6 no 1



