Projet de loi 124 et CPE

Depuis fort longtemps, le Québec se démarque des autres provinces canadiennes au niveau culturel et social. Avec le projet de loi 124 sur la réforme des services de garde, notre « société distincte », socialement, risque de perdre d’autres plumes et de « distincte », il ne restera plus bientôt que le vague souvenir d’une société qui s’est fait elle-même hara-kiri, et ce, par l’entremise de ses « élites » politiques.

Ce projet de loi a été présenté par la ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Carole Théberge . L’As­sociation québécoise des centres de la petite enfance (CPE) a réagi en exigeant de la ministre qu’elle retire son projet de loi et qu’elle engage, à la place, un véritable dialogue avec ses représentants. La réforme proposée inquiète au plus au point les travailleurs et travailleuses des centres de la petite enfance, des milliers de parents de même que des organismes œuvrant dans le milieu scolaire. Plusieurs craignent ses effets pervers qui ouvrirait la porte encore plus grande au privé et réduirait les services éducatifs pour favoriser les services de gardiennage. D’ailleurs, une pétition signée par plus de 200 000 personnes a été remis à la ministre.

Ce mécontentement généralisé est compréhensif Rappelons-nous que les « garderies populaires » sont nées des besoins mêmes de la population dans les années 1970. Ce modèle de prise en charge par les parents et la collectivité s’est transformé, en 1996, en CPE. C’était l’arrivée des « garderies à 5 $ sub­ventionnées par l’État ». Jusqu’à ce jour, on peut constater que ce modèle demeure encore la meilleure forme d’organisation et plusieurs études internationales l’ont démontré, provoquant même la « jalousie » de plusieurs provinces au Canada.

Services de garde « éducatifs »

Les changements proposés par le projet de loi 124 reposent sur trois points essentiels et, s’ils sont adoptés, modifieront à tout jamais l’orientation pédagogique et de prévention des CPE. Le premier touche à leur orientation : on passerait d’un con­cept de service éducatif aux enfants à une simple notion de service de garde éducatif, ce qui signifie que l’on s’occuperait des enfants pendant que les parents seraient au travail. Le se­cond s’attaque aux structures du réseau. Actuellement, le ré­seau est mixte : 84 % des places se retrouvent dans les CPE et les milieux familiaux contre 16 % en garderies privées à but lucratif Avec la réforme, on passerait à un réseau triple qui serait réparti ainsi : 40 % des places dans les CPE, 16 % dans les garderies privées à but lucratif et 44 96 gérées par des bureaux de coordination du milieu familial qui pourraient être gérés par n’importe quel type d’entreprise désignée par la ministre. Enfin, troisièmement, une bureaucratisation des pratiques, ce qui revient à dire que les normes régissant le réseau des CPE basées sur un partenariat entre l’État et les acteurs du milieu (éducatrices, parents, etc.), disparaîtrait pour donner place à un État qui posséderait tous les pouvoirs pour déterminer la gestion des ressources humaines, matérielles et financières.*

Du virage ambulatoire au gardiennage à la chaîne

ENTRÉE LIBRE appuie les CPE dans leur lutte pour la préserva­tion de leur réseau éducatif et communautaire et s’inscrit contre le projet de loi 124 qui favorise la prise de contrôle de leur gestion par l’État et la commercialisation des services de garde en milieu familial. Vous en doutez ? Voici des exemples. Depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux, on a vu le nombre de places en garderies commerciales augmenter de 30 % (les subventions gouvernementales ont suivi) et une entreprise de l’arrondissement de Mont-Royal (The Mad Science Group) à Montréal a déjà ouvert quatre garderies au Québec et sou­haite en ouvrir une dizaine (toujours avec l’aide du gouver­nement Charest). La suite est facile à imaginer

 

* Association québécoise des centres de la petite enfance

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