Le centre multisports : un PPP sur la scène municipale
Dans son édition du 14 mars, La Tribune nous apprend que la Ville se serait engagée dans un partenariat public-privé (PPP) pour le financement et l’exploitation du centre multisports. s’agit, en soi, d’une heureuse nouvelle pour des centaines de jeunes de la région qui pourront enfin avoir accès à un équipement sportif leur permettant de pratiquer leurs sports favoris, notamment le soccer, 12 mois par année.
Toutefois, nous apprenons en même temps que ce n’est pas la Ville qui sera le maître d’œuvre du centre sportif mais plutôt une compagnie privée, le Groupe AXOR de Montréal. C’est cette entreprise qui s’est chargée de la conception et de l’élaboration des plans du nouveau centre.
C’est elle aussi qui en assurera la construction et le financement à long terme. C’est elle enfin qui en assurera l’exploitation dans un but lucratif pour les 40 prochaines années. Nous n’aurions rien à redire s’il s’agissait d’un pur investissement privé par lequel une entreprise prend un risque commercial en vue d’en tirer un profit pour ses actionnaires, comme ce fut le cas avec les centres axés sur les sports de raquettes dans les années 1980 et 1990. Mais ce n’est pas le cas.
Une bonne affaire ?
Nous sommes en présence d’un PPP, un « partenariat » public-privé, par lequel la Ville de Sherbrooke s’engage à payer à cette entreprise des annuités de 363 000 $ indexées chaque année durant 40 ans, tout en lui assurant un congé de taxes d’affaires et foncières évalué à 200 000 $ par année. Un engagement total des contribuables de plus de 22,5 millions en dollars d’aujourd’hui pour un investissement privé estimé à 11,9 millions
Le projet initial, estimé à 7 ou 8 millions l’automne dernier, s’est retrouvé gonflé de plus de 50 % au terme des discrètes négociations avec AXOR. C’est typique de tout PPP. Mais, par-delà ce premier constat, d’autres questions se posent.
Des questions sans réponse
Alors qu’elle subventionnera lourdement AXOR, quel contrôle la Ville exercera-t-elle sur la tarification, l’usage et les opérations gérées par une firme privée ? Rappelons-le, AXOR exploitera le centre sportif sur une base commerciale en vue d’en tirer un profit, en plus de celui qu’elle fera avec la construction même du centre et de l’agrandissement de la patinoire Eugène-Lalonde.
Le Groupe AXOR compte sur une utilisation du centre à pleine capacité pour engranger des bénéfices au bout de trois ans. La Ville a-t-elle donné des garanties d’achalandage à AXOR ? Quelles sont les conditions qui apparaissent au contrat sur ce point ? Comment s’est établi le partage des risques ? Nous n’en savons rien. Quel sera l’impact financier pour la Ville du déplacement prévisible de clientèle des installations sportives,
à commencer par le centre Eugène-Lalonde tout à côté ? Quels seront, l’état, la pertinence et la valeur réelle du « Centre AXOR » après 40 ans lorsque la Ville en héritera (l’équivalent de dix administrations municipales successives) ?
L’administration municipale prétend que sans l’implication de l’entreprise privée, il lui en coûterait 750 000 $ par année. Comment en est-on arrivé à cette estimation ? A-t-on considéré les surplus budgétaires que l’exploitation du centre générera, surplus qui seront transformés en majeure partie en profits pour l’exploitant privé dans le cadre du PPP ? Si le projet est rentable pour la firme privée moyennant une subvention directe indexée de 363 000 $ par année, pourquoi ne le serait-il pas pour la Ville aux mêmes conditions d’exploitation ? Quels sont les coûts de financement du PPP par rapport à un règlement d’emprunt municipal sur le marché obligataire ? A-t-on pris en compte l’utilisation des employés municipaux actuels dans l’exploitation d’un tel centre ? Que se passera-t-il si le Groupe AXOR ne remplit pas ses engagements ou menace tout simplement de déclarer faillite dans l’éventualité où la rentabilité attendue n’est pas au rendez-vous ?
De la transparence, SVP
Même si cette dette n’apparaît pas officiellement au bilan de la Ville, nous paierons encore dans 40 ans quand les enfants d’aujourd’hui seront devenus les pimpants quinquagénaires que nous souhaitons. Trop d’expériences de PPP promues par des entreprises privées se sont avérées coûteuses, parfois désastreuses pour les finances publiques et les citoyens.
L’administration du maire Perrault serait bien inspirée de faire preuve de moins de précipitation et d’être pleinement transparente dans ce projet.
Par Marc Bellemare • Conseil FTQ Estrie
Par Rénald Dubé • Président du Syndicat des cols bleus de la Ville de Sherbrooke SCFP-FTQ




