De l’attente, de la mauvaise foi et du doute dans les esprits

1 avril 2006

Même si les huit membres du Regroupement des compagnies résidentes — le Petit Théâtre de Sherbrooke, le Théâtre du Double signe, le Théâtre des Petites Lanternes, le Théâtre L’Aire de jeu, la Musiquetterie et les compagnies de danse Sursaut, Axile, Corps & Graff — se doutaient qu’on puisse encore repousser les travaux de construction du Centre des arts de la scène Jean-Besré, l’annonce est tombée comme un couperet.

Pas surprenant que la repré­sentante des futurs locataires du Centime de production, Madame Lilie Bergeron, directrice générale du Théâtre du Double Signe, ait réagi avec un « Pas encore I » bien senti aux propos de Bernard Tanguay, président du comité exécutif de la Ville, qui soutenait dans l’édition du quotidien La Tribune du jeudi 6 avril 2006 : « Ça fait des années que ce dossier est en cogitation et en travail… On n’en est pas à deux ou trois mois près ».

De report en report… file les saisons

L’administration Perrault prétend faire le pari qu’en at­tendant à l’automne les con­ditions pour aller en appel d’offres seront plus favorables.

Est-ce que ladite administra­tion a fait et fait le même pari en ce qui concerne le plan directeur des équipements culturels auquel ont participé en audiences publiques plu­sieurs intervenants du milieu culturel et dont on annonçait la sortie au printemps 2005 ? D’abord reportée au mois d’août, au mois de septembre, puis après les élections muni­cipales, mentionnons que le milieu culturel l’attend tou­jours ce plan directeur pour le moins déterminant des orientations et de l’avenir de certains d’entre nous.

En repoussant l’appel d’offres en vue de la construction du Centre Jean-Besré et en re­portant le dépôt du plan di­recteur, a-t-on seulement éva­lué les conséquences pour les organismes culturels déjà fra­gilisés par la conjoncture éco­nomique actuelle ? A-t-on pensé que ceux-ci ont des comptes à rendre, des subventions à demander, des loyers à payer, des spectacles à pro­duire, des activités à coor­donner, des salles à louer pour tenir leur événement, des budgets à prévoir ?

« Compte tenu qu’il y a moins de projets d’envergure sur la table à l’automne, les entre­preneurs appuieront moins fort sur le crayon », pouvait-on lire dans l’article de David Bombardier, une réponse qui laisse perplexe et pantois.

Du sport encore du sport toujours du sport

En réalité, il me semble que le centre multisports abritant un terrain de soccer intérieur et une glace de dimension olym­pique au plateau Sylvie-Daigle dont les investisse­ments ont été dévoilés en mars dernier par le maire Jean Perrault, n’ait pas suscité au­tant de discussions, de trac­tations, de pourparlers. Et pourtant, rappelons qu’il en Coûtera 12 millions de dollars aux citoyennes et aux citoyens de Sherbrooke. Ajoutons à cela une injection annuelle de 363 000 $ et ce, pour les 40 prochaines années, avant que la Ville devienne propriétaire du centre d’activités intérieures et du hall d’entrée.

J’ose à peine imaginer combien de temps il faudra pour re­donner une véritable seconde vie au centre-ville ? Pour re­dorer les entrées et les sorties de la ville ? Pour ressusciter l’ex-Canadian Tire en lui insufflant, par exemple, une vocation culturelle ? Pour édi­fier enfin une salle d’exposition de bonne dimension pouvant accueillir des congrès d’enver­gure autres que sportifs chez nous ?

N’a-t-on pas conclu récem­ment que les congrès avaient connu une baisse en 2005 à Sherbrooke, alors que Cité des rivières se targuait de pouvoir attirer jusqu’à 500 000 visi­teurs par année en ses murs ?

Au risque de choquer, d’attiser la flamme, permettons-nous de dire que tout cela frise la mauvaise foi… le manque de volonté… De volonté politique s’entend…

Où sont-ils passés, en effet, ces touristes qui •’Ont vu l’Hôtel des gouverneurs fermer ses portes ? Qui voient le centre-ville se vider au profit des gran­des surfaces en périphérie ? Qui choisiront d’autres des­tinations pour se divertir les fins de semaine ?

Parce j’aime ma ville, parce que j’ai choisi d’y rester et d’y vivre en sécurité et pleinement, je suis de celles et de ceux qui travaillent cœur et âme pour ranimer de tous ses feux. Mais comme les gens du milieu en général comme ceux des sec­teurs de la danse et du théâtre de Sherbrooke, le report du plan directeur des équipements culturels, ainsi que celui de la construction du Centre des arts de la scène Jean-Besré au centre-ville après trois ans d’une trop longue attente, a eu sur moi l’effet d’une douche froide.

Même si on exclut les pré­misses du projet qui débutent dès 1985 avec le dépôt au Sommet socio-économique de l’Estrie d’un projet de salle de 250 places par le Théâtre du Sang Neuf, devenu au­jourd’hui le Petit Théâtre de Sherbrooke, et même si on fait fi des études menées depuis octobre 1986 autour des be­soins en production à Sher­brooke, il s’agit, somme toute, d’une attente injustifiée pour les gens des arts de la scène, quand on sait que le gouver­nement du Québec a finale­ment donné son aval en 2003, puis octroyé en 2004 une subvention de 2 millions de dollars pour l’ensemble du projet, évalué alors à 4,1 millions de dollars.

Au risque de choquer, d’atti­ser la flamme, permettons-nous de dire que tout cela frise la mauvaise foi… le manque de volonté… De volonté politique s’entend…

Pour peu qu’on y réfléchisse, les organismes qui animent la vie culturelle à Sherbrooke, ont toutes les raisons du monde de se questionner. Ils ont aussi toutes les chances de douter un peu plus chaque jour des promesses et des bonnes intentions !

 

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