Le projet de loi 20 menace l’autonomie d’un modèle qui a fait ses preuves
Déposé le 11 février 2026 par la ministre de l’Habitation Caroline Proulx, le projet de loi 20 soulève une vague d’inquiétude dans le milieu des coopératives d’habitation. Pour ses opposants, ce texte législatif pourrait transformer en profondeur leur fonctionnement, et menacer leur survie.
Contrairement à un logement locatif traditionnel, une coopérative d’habitation est une organisation démocratique où les résidents sont aussi membres et copropriétaires collectifs. Ils participent aux décisions, s’impliquent dans la vie commune et sélectionnent eux-mêmes leurs nouveaux membres selon des critères d’engagement, et non uniquement selon leur revenu. C’est précisément ce modèle que le projet de loi 20 viendrait fragiliser.
Ce que le projet de loi changerait
Deux mesures soulèvent particulièrement l’inquiétude. D’abord, les ménages dont les revenus dépassent un certain seuil se verraient imposer des contributions financières supplémentaires. Une mesure perçue comme une punition envers ceux qui s’impliquent depuis des années dans leur milieu de vie, et qui risque de décourager l’engagement au cœur même du modèle coopératif.
Ensuite, un guichet unique d’attribution des logements, basé principalement sur le revenu, remplacerait le processus de sélection propre à chaque coopérative. Retirer ce droit, c’est nier ce qui distingue fondamentalement ce modèle du logement locatif ordinaire.
La mauvaise cible
Pour des milliers de Québécois, la crise du logement n’est pas abstraite. Elle paralyse des vies, rétrécit les possibilités, coupe les ailes. Elle force des choix impossibles : rester dans un emploi qui ne convient pas pour ne pas perdre son loyer, renoncer à un projet, craindre de prendre des risques qui autrefois semblaient naturels.
Dans ce contexte, le projet de loi 20 apparait à ses détracteurs comme un contresens profond. Plutôt que de réguler la spéculation immobilière ou d’investir dans le parc de logements sociaux, le gouvernement s’immiscerait dans la gouvernance d’un des rares modèles qui fonctionne : un modèle qui offre stabilité et dignité à ceux qui en ont le plus besoin.



