Question de développement
Que penser du prétendu « consensus de la communauté internationale » sur le développement ? Je l’examinerai du point de vue de la solidarité avec les populations pauvres, qui est le point de vue de l’organisme pour lequel je travaille, Développement et Paix.
Où s’exprime ce consensus ? On le trouve dans la Déclaration du Millénaire, les Objectifs du Millénaire pour le développement, la Déclaration de Paris, les Lignes directrices de l’OCDE (Organisation de coopération de développement économique) sur la gestion de l’aide, les Cadres stratégiques de réduction de la pauvreté, et aussi, les pratiques des institutions de développement et de coopération internationale. Dans cette approche, on peut identifier des points positifs surtout lorsqu’ils sont replacés dans notre perspective : l’égalité entre les hommes et les femmes, le renforcement des pays du Sud, la « prise en charge » par les pays du Sud, le déliement de l’aide, la participation de la société civile, l’importance accordée à la lutte contre la pauvreté, la gestion par résultats plutôt que par activités, et l’accent sur la reddition de comptes.
Menaces : lutte contre la pauvreté
Le fameux « consensus » opère une réduction du problème et du débat. Réduction du problème d’abord. La pauvreté se trouve réduite à ceux et celles gagnant moins d’un dollar US par jour. La question de l’appauvrissement généralisé est évacuée.
La lutte contre la pauvreté est réduite à éliminer de moitié l’extrême pauvreté entre maintenant et 2015. Le problème est réduit aux pauvres, c’est-à-dire, présenté comme étant le problème des pauvres. On exclut le rapport (l’écart) entre les riches et les pauvres. On exclut les mécanismes d’appauvrissement des uns et d’accumulation des richesses des autres. On se trouve ainsi à évacuer la question de la redistribution collective et individuelle des richesses. […]
On vise à concentrer l’aide dans un nombre restreint de pays — 25 pour ce qui est du Canada — choisis principalement en fonction de l’indice de pauvreté extrême. On ne prend pas en compte les inégalités. Souvent on exclut par le fait même les pays où on rencontre les acteurs les plus forts de la société civile, capables de changer « l’ordre des choses », comme par exemple le Brésil. […]
Menaces dans la stratégie globale de sécurité
Depuis le 11 septembre 2001, on est obsédé par la sécurité, qui est maintenant devenue la priorité numéro un et qui entraîne la militarisation de l’aide, l’imposition de limites sévères aux droits des citoyens en particulier par les lois contre le terrorisme. Même la lutte contre la pauvreté et les stratégies de développement mises en œuvre peuvent être envisagées dans une perspective sécuritaire. Dans cette logique, si l’on doit diminuer la pauvreté, ce serait pour alléger les pressions sociales sans remettre en cause les profondes inégalités et leurs causes. Je vois tout de même quelques lueurs d’espoir surgir des pratiques des OSC et de mutations sociales qui se produisent au Sud.
Source : Texte tiré des États généraux sur la coopération et la solidarité internationale, novembre 2006



