Le Kenya
Que les médias ne taisent pas le drame du Kenya pendant toute la durée des tensions dans ce coin du monde ! Témoin oculaire de ce qu’on appela « le génocide rwandais », j’interpelle les médias.
Ce qui arrive au Kenya ne devrait pas nous laisser indifférents. En effet, beaucoup de réfugiés sherbrookois ont été sélectionnés à Naïrobi, la capitale du pays. Il s’agit, pour la majorité, de gens originaires du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda, de la République démocratique du Congo, du Soudan, de l’Éthiopie, de la Somalie, tous pays limitrophes du Kenya.
Le devoir d’informer
Il nous appartient, nous, les témoins oculaires de notre histoire passée, mais récente, d’apporter la lumière sur ce qui se passe là-bas. Souvent, la population ne connaît pas où se trouve le Kenya et encore moins, son histoire. Elle sait tout simplement que c’est un pays africain.
Trois Kenyans sur quatre vivent sous le seuil de la pauvreté. Si pour se procurer quelques biens, il faut se débarrasser du voisin qui occupe indûment ou non des terres ou d’autres biens, qu’est ce que la population s’empêcherait de faire, surtout quand il y a un désordre et qu’il n’y a plus d’autorité ? Voici en partie ce qui explique pourquoi les citoyens qui vivotaient dans la misère, se retrouvent, à la suite des dernières élections, victimes ou acteurs de ces horreurs médiatisées.
Naïrobi occupe une situation stratégique dans cette partie d’Afrique de l’Est et est devenue une terre d’asile pour des milliers voir des millions de voisins. Ces voisins viennent renforcer la misère des bidonvilles kenyans. Pensez-vous que ces réfugiés sont bien vus par tous les habitants du pays d’accueil ?
Le journalisme au Kenya, comme ailleurs en Afrique, devient de plus en plus une profession à risque. Cette forme d’intimidation maintient la non dénonciation des violences, des injustices et de la corruption subies par la population.
Les sous-venirs et les sur-venirs
Pendant qu’a Sherbrooke, nous jouissons de la paix et de la liberté, nos enfants et nos parents, réfugiés à Naïrobi, vivent des moments d’horreur. Cette souffrance que nous connaissons trop bien, fait renaître en nous un vécu pourtant que nous croyions passé et surmonté, mais qui se révèle actuel et qui nous fait revivre, à tous, des souvenirs pénibles et atroces. Le Rwanda n’est jamais bien loin… Une fenêtre s’ouvre sur le passé et la personne vit comme si c’était aujourd’hui. Par exemple, le camion de déneigement devient un bruit inacceptable, l’heure du train devient un martyr, l’appétit se perd, les odeurs moribondes nous envahissent, voici ce qu’on appelle les reviviscences …
Pourtant, nos enfants qui vivent l’enfer à Naïrobi, sont des résidents permanents du Québec depuis des mois car ils ont leurs certificats de sélection et leurs visas.Tous leurs documents sont détenus par l’Office international des migrations, chargé de faire voyager les immigrants. Que faire ? Ces traumatisés ne demandent qu’a être logés dans un lieu plus sécuritaire jusqu’à ce qu’ils puissent quitter Naïrobi pour le Canada.
Dernièrement, des organismes populaires ont organisé une rencontre d’information sur la situation au Kenya. En ces moments durs, ces Sherbrookois venus de pays en guerre, ont besoin de parler et d’exprimer leur détresse et leur impuissance.




