LE FRENÇAIS DE LES ÉTIQUETTES

15 janvier 1986

Sur la plupart des produits sur le marché, on peut mainte­nant lire l’étiquette en français. Toute une amélioration ! Toutefois, il faut parfois être dé­tective pour déchiffrer le mode d’emploi.

La version française du mode d’emploi d’un fertilisant liquide pour plante dit : « Ajoutez sept à huit gouttes par quart d’eau pour toute plante. » Par quart de quoi ? Quart de pinte ? Quart de tasse ? Ce n’est qu’en lisant les instruc­tions anglaises qu’on comprend : « Add seven or eight drops per quart of water for ail plants ». Si vous regardez dans votre diction­naire anglais-français, vous ver­rez pour quart : pinte. Qu’est-ce qui arrive si on ne discerne pas la nuance ?

Sur un certain produit pharma­ceutique, on a même omis de dire, en français, que le produit pouvait être très dangereux si ad­ministré à un enfant. Doit-on y voir une atteinte à la progéniture francophone ? Probablement une simple erreur. On en vient à se demander qui traduit les éti­quettes. Dans bien des cas, il est évident qu’il n’y a personne pour contredire les fausses traduc­tions. Quel francophone donne­rait approbation à cette phrase, empruntée au mode d’emploi d’un produit d’hygiène féminine : « … sans les préparatifs fasti­dieux auxquels vous pouiez échapper… »

Vous me direz qu’il s’agit sou­vent d’erreurs de frappe. Je vous répondrai qu’après avoir lu toutes tes étiquettes m’étant tombées sous la main, depuis quelques an­nées, j’ai constaté que les préten­dues « erreurs de frappe » ne se trouvaient que dans les versions françaises, bizarre n’est-ce pas ?

Si vous prenez le temps de lire les étiquettes, vous en verrez des surprenantes. J’ai vu les pires dans les instructions de montage pour jouets à coller en plastique. Vous savez ces avions, bateaux, autos miniaturisés à l’échelle. Je ne peux commenter les versions allemandes, japonaises, espa­gnoles, mais l’anglais y est ter­rible. On trouve là, un français relevant d’un genre de boucherie grammaticale : c’est tout à fait il­lisible. C’est une chance que ces véhicules ne circuleront jamais…

instructions generales Pour Ljutilisation de l’indicateur de diagnostic et de mise au point

Malheureusement les véhi­cules, qui eux circulent vraiment, sont aussi perturbés par les tra­ductions. Par exemple, un ma­nuel accompagnant un outil de mise au point, nous donne deux manières de faire la mise au point sur une automobile : une anglaise et une française. Pour une voiture ayant un propriétaire anglo­phone, la vis du carburateur doit être tournée trois tours complets, tandis que la vis d’un moteur francophone doit être tournée cinq tours complets. (voir illus­tration 1). Est-ce parce que les francophones ne consomment pas assez d’essence ou parce que les anglophones en consomment trop ?

Je termine avec le mode d’emploi d’une colle caoutchouc assez spéciale. En effet on y dit : « .., permetter de sécher pour cinq mi­nutes ou à ce que le caoutchouc sent minable ou collant ». Mais ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est qu’un utilisateur de langue française, obtient un collage complet dans une heure, alors que la ver­sion anglaise donne un collage complet en six heures. (voir illus­tration 2) Donc si vous avez beaucoup de temps, vous pouvez toujours coller en anglais…

C’est triste de voir que celui qui parle français au Québec doit être explorateur pour utiliser sciemment les produits qu’il consomme. Encore plus triste de réaliser que, malgré le gaspillage et les problèmes que nous valent les traductions erronées, les prix eux sont toujours parfaitement traduits.

P.S. : Le but de cet article n’est pas d’attaquer la langue anglaise. J’écrirais la même chose dans le cas du chinois traduit en alle­mand, si la dite traduction lèsait l’un ou l’autre.

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