J’ai vu naître Jeune Volontaire… et je constate depuis peu qu’on est en train de détruire ce qu’il avait d’essentiel.
Ce programme était, de par sa formule et de par ses objectifs, des plus novateurs voire même des plus audacieux :
- des projets élaborés par Ies jeunes eux-mêmes; contrairement à certains projets faits par les organismes pour leur survie et dans lesquels on fait « fitter » des jeunes…
- des projets de formation dans l’action, apprendre dans le vécu, dans les réussites comme dans les erreurs…
- implication et engagement du milieu à l’égard des jeunes (comités locaux, organismes parrains, …);
- un minimum de structure géré localement avec pouvoir de représentation à Québec…
Et même que, dans la foulée de départ, il était prévu et entendu que Jeune Volontaire :servirait de tremplin et de creuset pour explorer d’autres pistes, de nouvelles propositions et même des modifications aux structures institutionnelles (main-d’œuvre, scolaire…).
Des jeunes qui disaient…
Depuis décembre 1983, mille trois cents (1 300) jeunes au Québec ont participé à travers deux cent quarante-huit (248) projets, créé et exploré; ils ont ri et se sont engueulé; ils ont appris .sur eux, sur leur milieu et sur la société : location de locaux, recherche de matériel, négociation avec les entreprises, le milieu, le travail d’équipe, administration…
Au moment où ça commençait à s’articuler, où on commençait à avoir des pistes et des propositions claires, on a gelé le, programme (février 1986). À ce moment, mille trois cents (1 300) jeunes disaient et plusieurs adultes et organismes ont aussi dit avec eux :
« On ne veut plus de ce statut de « B.E.S. », de cette étiquette à préjugé, on veut être reconnu comme jeune à part entière, comme jeune en formation et en apprentissage. De plus, on désire que cet apprentissage et que cette formation soient reconnus officiellement.
Ce que quatre cent cinquante (450) jeunes de Sherbrooke ont aussi dit, c’est que les structures scolaires, il va falloir les changer, modifier les programmes, adapter le discours aux besoins et qu’un jeune ce n’est pas une machine à apprendre, c’est une personne en situation de vécu qui ne demande pas mieux que de connaître. Des maths, ça s’apprend mieux quand c’est applicable dans le quotidien ».
Ces mille trois cents (1 300) jeunes avaient aussi pris conscience que : c’est pas vrai que les jeunes ne veulent pas travailler et ne pas apprendre, c’est vrai qu’il n’y a pas d’ouvrage pour tout le monde, c’est vrai qu’on crève de faim. On a identifié des pistes nouvelles, des alternatives : on parlait de collectif, de mise en commun des ressources et du matériel, on pensait à des coopératives, à des petites entreprises, on pensait à des « profs » dans la rue, on souhaitait une politique de plein emploi…
Évidemment, on a aussi demandé à être supporté financièrement, on pensait que ça coûtait moins cher que les prisons, que la délinquance, que le B.E.S.
Et on leur répondait :
Jeune Volontaire coûte trop cher ! Mais ce qu’on n’a pas dit, c’est que les subventions aux profits des compagnies, ça aussi ça coûte cher !
Le 15 septembre dernier, en dégelant le programme, on y a apporté quelques modifications; vous aurez deviné qu’elles sont à la baisse !
L’allocation de participation : est ramenée à 200,00 $ pour ceux qui ont leur secondaire V (avant : 285,00 $) et à 150,00 $ pour ceux qui n’ont pas leur secondaire V (avant : 200,00 $). Les prestations d’assurance-chômage et de bien-être social ne sont pas affectées. Les : membres des comités locaux sont réduits de 7 à 5 personnes. Le nombre des agents de formation est passablement réduit et leurs tâches alourdies, De plus ces derniers fonctionnent de contrat (3-4 mois) en contrat avec mise à pied entre les deux.. La durée d’un projet passe de. douze (12) mois à huit (8) mois.
Jeune Volontaire continue donc et tant mieux si d’autres jeunes peuvent bénéficier et poursuivre la réflexion; par contre il faut s’attendre à de plus en plus de règles et de normes’ qui risquent d’étouffer ces génies créateurs et de briser la complicité avec le milieu adulte…
Jacques Audet, Secteur Jeunesse CLSC SOC



