Libre-échange humain

1 Décembre 1986

Afrique du Sud, Iran, Malaisie et bien d’autres. Tous ces pays ont pour nous une chose en commun. Ils représen­tent l’inconnu, une vie où les va­leurs et les mœurs sont diamétra­lement différentes des nôtres. Bref, on parle souvent d’un choc culturel. Nul besoin de se dépla­cer bien loin pour connaître cette expérience, je l’ai d’ailleurs ap­pris à mes dépens.

Le slogan « Sherbrooke plus qu’une ville », a peut-être sa rai­son d’être, sa vérité. Des fron­tières il n’y en a pas qu’entre na­tions, elles sont bien réelles dans notre ville. Il n’y a pas d’homme en uniforme, pas de barrière. Ici, on reconnaît les frontières par une délimitation géographique, en employant un euphémisme (expression qui a pour but de remplacer un mot pour un autre en l’atténuant) : « QUARTIER pour FRONTIÈRE ».

À l’heure du libre-échange, on parle d’enlever les barrières commerciales ‘entre les États-Unis et le Canada. Avant d’entre­prendre de telles démarches, ne serait-il pas préférable de faire du libre-échange humain, ici’ ? Peu de gens sont au courant de la vie sociale. culturelle et économique que tel ou tel quartier vit. Peu de Sherbrookois-es s’en soucient vraiment. Est-il possible qu’il en soit autrement ?

Sherbrooke a une mauvaise ré­putation. L’atmosphère est froide, les préjugés sont forts entre les différentes couches so­ciales. On nous enseigne à perce­voir les gens de telle ou telle fa­çon. L’influence du milieu dans lequel on vit n’est pas étrangère à ce phénomène. En voici un exemple. Si vous vivez dans le quartier Nord, vous aurez ten­dance à étiqueter les gens du Sud comme des « buveux de bière », des paresseux, des gens sur le bien-être social. Les gens du Sud ont tendance à croire que tous ceux vivant dans le Nord sont riches. Ils les voient souvent comme des matérialistes, des « baise la piastre », des grippe-sou.

La communauté sherbroo­koise souffre-t-elle d’une crise aiguë de snobisme ? Sherbrooke doit faire ses preuves. On doit accéder à un certain libre-échange communautaire. Il n’y aura pas de politicien, pas d’en­jeu monétaire, pas de prestige in­ternational. Maintenant, il est à se demander jusqu’à quel point sommes-nous plus qu’une ville !

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