En juin dernier, j’ai fait partie d’une délégation du réseau québécois de solidarité avec le Guatémala. Cette délégation se composait de 16 représentantes et représentants de nombreux secteurs : groupes populaires, syndicaux, de solidarité internationale, du monde agricole, autochtones, de femmes, des juristes, de l’Église. Nous avons rencontré nos homologues de 36 organisations guatémaltèques, qui luttent pour l’application des accords de paix signés en 1996 entre la guérilla et le gouvernement.
Or, il ressort de nos observations que si certaines conditions à la démocratisation ont été mises en place, des retards importants ont été enregistrés, mettant en doute la volonté réelle du gouvernement d’appliquer des réformes essentielles à l’amélioration des conditions de vie de la population et à la transition démocratique. La solidarité internationale avec les organisations populaires de ce pays d’Amérique centrale est particulièrement cruciale en ce moment. À la fin octobre a lieu à Bruxelles une rencontre du Groupe consultatif des pays amis du processus de paix (dont le Canada), au cours de laquelle le gouvernement guatémaltèque doit rendre compte de l’avancement de l’application des accords de paix, condition préalable à la négociation de nouveaux prêts. En vue de cette rencontre, le Réseau québécois de solidarité avec le Guatémala a fait parvenir au gouvernement du Canada ses recommandations pour un appui au processus de paix.
Une vaste plate-forme de revendications
Pour l’ensemble des groupes rencontrés, qu’il s’agisse d’organisations de femmes, de la Coalition syndicale et populaire, d’organismes des droits humains, des autochtones, de l’ancienne guérilla, les accords de paix sont une vaste plate-forme de revendications, un point de départ essentiel à une plus grande justice sociale au Guatémala. Les accords vont beaucoup plus loin que la démobilisation des combattants et le cessez-le-feu. Ils engagent le gouvernement à faire des réformes qui s’attaquent aux causes du conflit armé : 1) la très grande concentration des richesses aux mains de quelques grands propriétaires terriens (70 % des terres sont entre les mains de 2 % de la population; 2) l’inexistence d’espaces démocratiques et la violation systématique des droits humains les plus fondamentaux; 3) la négation de la diversité ethnique dans un pays composé à plus de 60 % d’autochtones mayas.
La population s’appauvrit davantage
Les politiques économiques du gouvernement actuel d’Alvaro Arzu, loin de respecter les accords, ont plutôt contribué à l’appauvrissement de la population. L’État se désengage encore davantage, privatise et déréglemente. Nous avons-là un exemple éloquent des conséquences désastreuses d’un État au service des intérêts des grandes entreprises. La vaste majorité de la population n’a pas accès aux services de santé, d’éducation et d’habitation, ni à un revenu décent permettant de satisfaire ses besoins essentiels. Face à ces problèmes, la fiscalité est un enjeu crucial. En effet, les revenus de l’État sont insuffisants parce qu’ils proviennent à 75 % des taxes à la consommation, payées par les plus pauvres.
L’oligarchie1 locale refuse de payer sa juste part d’impôts sur le revenu et organise des campagnes de peur à propos d’une réforme éventuelle de la fiscalité où sans laquelle le gouvernement n’aura pas les moyens de jouer pleinement son rôle pour une répartition de la richesse.
Nos bananes ont une bien triste histoire
Au quotidien, plus de 450 000 paysans sans terre travaillent sans relâche dans de vastes plantations de bananes, de café ou de sucre pour des salaires de misère (environ 4 $ par jour), sous le joug de patrons autoritaires à la solde de grandes compagnies américaines, telles la United Fruit. En témoignent ces bananeros2 que nous avons visités et qui sont en grève depuis février pour obtenir le droit de se syndiquer. Les patrons ont préféré fermer la plantation plutôt que d’avoir des travailleurs organisés. Bien que le droit de se syndiquer soit garanti par la loi, les moyens sont faibles pour le faire respecter.
Un vaste front social
Plusieurs signes montrent que la droite manipule la population en instaurant un climat d’insécurité : l’assassinat de Monseigneur Gerardi (qui travaillait pour les droits humains) en avril dernier, puis d’un maire membre d’un parti d’opposition, le blocage d’un projet d’impôt sur la propriété foncière, la montée d’actes criminels et ainsi que le recyclage d’anciens militaires corrompus dans des milices privées. Pour contrer cette offensive de la droite, un vaste front social se bâti au Guatemala autour des accords de paix en vue des prochaines élections, prévues pour 1999. D’ici là, l’unanimité est faite sur la nécessité d’obtenir d’abord les réformes constitutionnelles qui doivent servir de base aux luttes politiques.
L’enjeu est de remplacer l’État militaire actuel par un État de droit qui reconnaît la diversité de la population. Chacun de nous a été très impressionné par la vigueur et l’unité du mouvement populaire dans sa tâche d’obtenir enfin justice pour la majorité de la population.
- Classe restreinte et privilégiée de personnes qui ont le pouvoir sur la majorité
- Bananeros : travailleurs et travailleuses des plantations de bananes.
Guatémala
- Langue : espagnol
- Population : 9,7 millions
- Monnaie : quetzal
- Régime politique : présidentiel



