Réseau de solidarité au Guatemala

21 novembre 1998

En juin dernier, j’ai fait partie d’une délégation du réseau québécois de solidarité avec le Guatémala. Cette délégation se composait de 16 représentantes et représen­tants de nombreux secteurs : groupes populaires, syndicaux, de solidarité internatio­nale, du monde agricole, autochtones, de femmes, des juristes, de l’Église. Nous avons rencontré nos homologues de 36 organisations guatémaltèques, qui luttent pour l’ap­plication des accords de paix signés en 1996 entre la guérilla et le gouvernement.

Or, il ressort de nos observa­tions que si certaines condi­tions à la démocratisation ont été mises en place, des retards importants ont été enregistrés, mettant en doute la volonté réelle du gouver­nement d’appliquer des ré­formes essentielles à l’amé­lioration des conditions de vie de la population et à la transition démocratique. La solidarité internationale a­vec les organisations popu­laires de ce pays d’Améri­que centrale est particuliè­rement cruciale en ce mo­ment. À la fin octobre a lieu à Bruxelles une rencontre du Groupe consultatif des pays amis du processus de paix (dont le Canada), au cours de laquelle le gouver­nement guatémaltèque doit rendre compte de l’avance­ment de l’application des accords de paix, condition préalable à la négociation de nouveaux prêts. En vue de cette rencontre, le Ré­seau québécois de solidarité avec le Guatémala a fait parvenir au gouvernement du Canada ses recomman­dations pour un appui au processus de paix.

Une vaste plate-forme de revendications

Pour l’ensemble des grou­pes rencontrés, qu’il s’agisse d’organisations de femmes, de la Coalition syndicale et populaire, d’organismes des droits humains, des autoch­tones, de l’ancienne gué­rilla, les accords de paix sont une vaste plate-forme de revendications, un point de départ essentiel à une plus grande justice sociale au Guatémala. Les accords vont beaucoup plus loin que la démobilisation des com­battants et le cessez-le-feu. Ils engagent le gouverne­ment à faire des réformes qui s’attaquent aux causes du conflit armé : 1) la très grande concentration des ri­chesses aux mains de quel­ques grands propriétaires terriens (70 % des terres sont entre les mains de 2 % de la population; 2) l’inexis­tence d’espaces démocrati­ques et la violation systéma­tique des droits humains les plus fondamentaux; 3) la négation de la diversité eth­nique dans un pays composé à plus de 60 % d’autochto­nes mayas.

La population s’appauvrit davantage

Les politiques économiques du gouvernement actuel d’Alvaro Arzu, loin de res­pecter les accords, ont plu­tôt contribué à l’appauvris­sement de la population. L’État se désengage encore davantage, privatise et déréglemente. Nous avons-là un exemple éloquent des con­séquences désastreuses d’un État au service des intérêts des grandes entreprises. La vaste majorité de la popula­tion n’a pas accès aux ser­vices de santé, d’éducation et d’habitation, ni à un reve­nu décent permettant de sa­tisfaire ses besoins essen­tiels. Face à ces problèmes, la fiscalité est un enjeu cru­cial. En effet, les revenus de l’État sont insuffisants parce qu’ils proviennent à 75 % des taxes à la consomma­tion, payées par les plus pauvres.

L’oligarchie1 locale refuse de payer sa juste part d’im­pôts sur le revenu et orga­nise des campagnes de peur à propos d’une réforme éventuelle de la fiscalité où sans laquelle le gouvernement n’aura pas les moyens de jouer pleinement son rôle pour une répartition de la richesse.

Nos bananes ont une bien triste histoire

Au quotidien, plus de 450 000 paysans sans terre travaillent sans relâche dans de vastes plantations de bananes, de café ou de sucre pour des salaires de misère (environ 4 $ par jour), sous le joug de patrons autoritai­res à la solde de grandes compagnies américaines, telles la United Fruit. En témoignent ces bananeros2 que nous avons visités et qui sont en grève depuis février pour obtenir le droit de se syndiquer. Les patrons ont préféré fermer la plantation plutôt que d’avoir des tra­vailleurs organisés. Bien que le droit de se syndiquer soit garanti par la loi, les moyens sont faibles pour le faire respecter.

Un vaste front social

Plusieurs signes montrent que la droite manipule la population en instaurant un climat d’insécurité : l’assas­sinat de Monseigneur Gerar­di (qui travaillait pour les droits humains) en avril der­nier, puis d’un maire mem­bre d’un parti d’opposition, le blocage d’un projet d’im­pôt sur la propriété foncière, la montée d’actes criminels et ainsi que le recyclage d’anciens militaires corrom­pus dans des milices pri­vées. Pour contrer cette of­fensive de la droite, un vaste front social se bâti au Gua­temala autour des accords de paix en vue des prochai­nes élections, prévues pour 1999. D’ici là, l’unanimité est faite sur la nécessité d’obtenir d’abord les réfor­mes constitutionnelles qui doivent servir de base aux luttes politiques.

L’enjeu est de remplacer l’État militaire actuel par un État de droit qui reconnaît la diversité de la population. Chacun de nous a été très impressionné par la vigueur et l’unité du mouvement po­pulaire dans sa tâche d’obte­nir enfin justice pour la ma­jorité de la population.

  1. Classe restreinte et privilégiée de personnes qui ont le pouvoir sur la majorité
  2. Bananeros : travailleurs et travailleuses des plantations de bananes.

Guatémala

  • Langue : espagnol
  • Population : 9,7 millions
  • Monnaie : quetzal
  • Régime politique : présidentiel

 

 

 

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