Climatosceptique, j’aurais aimé être

Date : 25 août 2019
| Chroniqueur.es : Fanie Lebrun
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Ce serait simple de refuser que les activités humaines aient un impact sur le climat. Le climatoscepticisme, avec sa mise en doute des théories concernant le réchauffement climatique, amènerait une paix d’esprit certaine pour continuer à vaquer aux occupations quotidiennes tranquilles. Je refuserais d’entendre l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME) nous dire «qu’au Québec, d’ici 50 ans, 20 000 décès seront attribuables aux changements climatiques» et que pour les personnes ayant des ressources limitées ce sera néfaste pour la santé mentale.

Je donnerais dans la démagogie en flattant les masses pour gagner et exploiter leur adhésion en disant que le président d’Hydro-Québec tente de se faire du capital politique et de nous prendre par les sentiments en disant que «c’est clair que les changements climatiques ont un impact sur notre business» et que «les intempéries causent des dégâts en pannes de courant et coûts d’émondage».

Que Greta Thunberg, la supposée voix du futur, n’a pas eu assez de Barbie étant jeune et n’a pas eu les bons modèles pour mobiliser la Terre entière avec ses idées de grano. Être climatosceptique serait ma planche de salut pour exercer mon cynisme à fond. Tant qu’à y être, je dirais que ce n’est pas de ma faute si le système est fait de même. J’aurais raison, le système est fait de même pas juste pour nous les climatosceptiques, mais aussi pour tous ceux qui le soutiennent. Tout comme ceux qui endossent la cause du climat et qui n’ont pas réaménagé les termes de leur consommation, la même au même rythme.

L’Organisation mondiale de la santé estime que les changements climatiques sont la plus grande menace du 21e siècle. Ben voyons donc! Personne ne m’avait dit ça!

Tom Matthews, climatologue anglais, mentionne que la majorité des gens ont une zone de confort thermique entre 20°C et 27°C. Si la température de l’air excède 35°C, il sera de plus en plus difficile pour les humains d’y vivre. N’étant plus capable de gérer la chaleur, plus fréquemment et avec un manque d’autorégulation, il y a risque de dérèglement et les premières conséquences sont plus d’irritabilité, une perte de concentration et de capacité à accomplir des tâches mentales. Si cela persiste, il y a risque de gonflement des tissus, d’éruptions sur la peau, de crampes, d’épuisement, ou d’un coup de chaleur.

Avec son mode de vie actuel, l’humanité a besoin de 1,8 Terre. Depuis le 29 juillet dernier, la «Journée du dépassement» indique qu’on vit à crédit avec les ressources de la planète. Cela dit, le calcul de cette empreinte écologique ne fait pas l’unanimité et certains disent que c’est peu fiable. C’est clair que cela nécessite une marge d’erreur de 0,5% pour adhérer au principe.

Bon encore des chiffres pas d’allure: «un régime carné demande environ 5000 litres d’eau, contre 2700 litres pour un végétarien».

Voire si on va se risquer à inverser la tendance en repensant comment sont faites les villes, penser aux énergies vertes, lutter contre le gaspillage alimentaire, la surconsommation de viande et limiter l’expansion démographique. Bien voyons donc!

Deux versants d’une même montagne à sensibiliser, le climatosceptique vit dans le refus des preuves et celui qui endosse la cause et fait peu de changement à la consommation, le gaspillage, la viande et le char.

Il serait peut-être temps d’arrêter de se taire et choisir de se compromettre. La résilience atteint sa limite, on passe à l’indignation. Svp!

C’est quand la dernière fois que vous avez vu un coup de maître du gouvernement en environnement?

Attendre qu’il se bouge pour le faire à notre tour est hypocrite et il est surtout lâche de nous dévêtir de nos responsabilités face aux impacts (voir Entrée Libre, parution 215).

Faut peut-être cesser de se mentir sur l’impact de notre consommation en s’habillant de cette fausse indignation sur le dos du gouvernement. Au Québec, des millions de personnes prennent des milliers de décisions par année. Si acheter c’est voter, c’est bien des milliers de choix devenus des milliards de votes. Le Jour du dépassement existe depuis 1971. Des choix nous ont menés ici. Le cumul de petits gestes fait la différence. Pas parce qu’on a l’argent (en poches ou à crédit) qu’il faut acheter.

«Ben là, l’avion va décoller pareil, l’auto est déjà construite, si ce n’est pas moi, ce sera un autre qui va l’acheter!»

Comment raisonner la personne qui encourage quelque chose qu’elle ne souhaite pas? Celle qui choisit délibérément le déni?

On va se le dire, c’est une nécessité! Fini les petites douceurs, on ne peut baisser les bras, c’est inacceptable, on n’est pas des lâches, pas à ce point-là! Si c’est le cas, engagez-vous à vous excuser à chaque enfant croisé. C’est eux qui vont en souffrir quand on va pourrir dans nos tombes bien que… pas besoin de se rendre-là, on peut déjà le sentir. Cela sonne comme une gangrène bien ancrée. Même si t’arrêtes de manger du sucre, il faudra amputer pareil. Couper basta! T’aurais dû y penser avant.

Se questionner est un choix personnel. À quoi je contribue? Pourquoi encourager un système dont je ne veux pas? Pourquoi être cohérent dans notre esprit (les changements climatiques existent à cause de nous) et ne pas être conséquent dans nos gestes (continuer sans changement radical)?

Un privilège n’est pas un droit inaliénable, personne ne nous oblige à acheter. On répète, un privilège n’est pas un droit inaliénable.

Avons-nous vraiment besoin du gouvernement pour faire le choix du transport actif et en commun, diminuer son gaspillage, acheter végétarien?

La fonction publique ainsi que nos élus ne sont-ils pas des individus qui peuvent et doivent, comme nous tous (famille, travail, amis), se prononcer et s’opposer. Diantre, cessons de nous soumettre (sans recul critique) aux normes sociales et à la publicité. C’est qui l’abruti? Celui qui prend des moyens pour de meilleures conditions de vie sur la planète en se disant «si ça chie, au moins j’aurai essayé, je serai digne d’avoir fait ma part»? Ou celui qui participe à augmenter les degrés de l’enfer sur terre et se déculpabilise en se disant « pourquoi je me priverais? Pourquoi je ne prendrais pas l’avion, ben quoi, j’ai l’doua! » ? C’est quand je pense à tout cela que je me dis que j’aurais aimé être climatosceptique. Ce serait simple, confortable et facile…

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