B.a.-ba de l’inflation

Date : 16 août 2022
| Chroniqueur.es : Sylvain Bérubé
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Alors qu’elle se maintient habituellement aux environs de 2 %, l’inflation surpasse les 5 % au Québec depuis le début de l’année et a même atteint plus de 8 % en variation annuelle au mois de juin.

Qu’est-ce que cela signifie exactement, pourquoi vit-on un tel épisode et quels en sont les impacts ? C’est ce qu’on va explorer brièvement ici.

Définition de l’inflation

Pour le dire simplement, l’inflation est l’augmentation du niveau général des prix des biens et des services. Pour la mesurer, on utilise l’indice des prix à la consommation (IPC).  Cet indice représente les variations de prix expérimentées par les consommateurs. Il mesure cette variation de prix en comparant, au fil du temps, le cout d’un panier fixe de biens et services qui se veulent représentatifs des habitudes de consommation de la population. Pour illustrer, si ce panier fixe coutait 100 $ pour une certaine année et qu’il en coute 110 $ l’année suivante, alors on a une inflation de 10 %.

L’inflation a un impact direct sur notre pouvoir d’achat. En effet, quand l’inflation est élevée et que les prix augmentent, alors si nos revenus n’augmentent pas aussi rapidement que l’inflation, on voit notre pouvoir d’achat diminuer.

Il faut noter que puisque tout le monde ne consomme pas exactement les mêmes biens et les mêmes services, le taux d’inflation représente une moyenne. Dans les faits, l’inflation peut affecter davantage certaines personnes selon les produits et les services réellement consommés. Par exemple, une personne devant conduire entre Sherbrooke et Drummondville matin et soir pour son travail verra l’augmentation du prix de l’essence perturber significativement son budget, ce qui ne sera pas le cas pour un cycliste utilitaire.

Cause de la poussée inflationniste

Au Québec, avec la hausse significative des prix de l’essence, de la nourriture et du logement, l’IPC connait sa plus forte augmentation en 40 ans. Cette situation n’est pas propre au Québec, elle s’observe à la grandeur du globe.

Bien que les économistes ne s’entendent pas encore sur les causes de ces augmentations de prix, la plupart l’attribuent aux pénuries de produits résultant de problèmes de chaine d’approvisionnement mondial, largement causés par la pandémie de Covid-19 et aussi par la guerre en Ukraine. La forte demande des consommateurs, tirée par une croissance historiquement robuste de l’emploi et des salaires, peut également expliquer la forte inflation, tout comme les pénuries de main-d’œuvre. Puisque ces situations ne sont toujours pas résolues, on peut s’attendre à ce que la situation perdure encore plusieurs mois.

Atténuer les effets de l’inflation

Faire face à la hausse des prix peut être stressant sur vos finances personnelles. Pour diminuer les effets de l’inflation, il faudra peut-être revoir certaines habitudes de consommation, le temps que la tempête passe. Si votre situation est plus critique, il ne faut pas hésiter à s’adresser aux banques alimentaires (Chaudronnée de l’Estrie, Moisson
Estrie) et aux comptoirs familiaux (151 rue Bowen Nord à
Sherbrooke).

Toujours négatif ?

Pour conclure en apportant un éclairage différent sur l’inflation, j’aimerais citer la conclusion de l’article «  L’indice des prix à la consommation et les perceptions de l’inflation » rédigé par l’économiste Mario Jodoin en janvier 2022.

« J’ajouterais que j’ai toujours trouvé étrange qu’on pense que l’inflation nuit surtout aux ménages les plus pauvres, alors qu’elle diminue l’importance des dettes et réduit la valeur des patrimoines, surtout pour les rentiers. L’inflation a d’ailleurs joué un rôle de premier plan dans la baisse des inégalités après la Deuxième Guerre mondiale et a permis de faire diminuer la dette des pays les plus endettés. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les banques centrales ont des cibles d’inflation très basses, en général de 2 %, alors que bien des économistes recommandent des cibles plus élevées, qui donneraient une marge d’action plus grande aux banques centrales pour baisser les taux d’intérêt en période de récession. Mais, le lobby pour garder cette cible basse et pour convaincre la population que ce serait terrible si elle montait un peu est très puissant. Bref, oui, l’inflation peut causer des problèmes, mais elle est loin du monstre qu’on nous présente trop souvent, surtout pas à moins de 5 % comme ce fut le cas au Canada et au Québec en 2021. »

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