Voter, un devoir?

Date : 3 octobre 2022
| Chroniqueur.es : Alexandre Rainville
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Le dimanche 2 octobre le comité Solidarité Sans Frontière de Sherbrooke organisait une discussion au Parc Victoria afin de parler des moyens d’agir politiquement en dehors du vote lors des élections. L’événement, regroupant une dizaine de participant·es, était intitulé Conversation sur l’autonomie politique, vote ou vote pas, mais organise-toi. « J’ai l’impression que dans ce spectacle médiatique [que sont les campagnes électorales] il y a comme une dépossession qui a lieu de notre capacité à nous organiser ensemble en vue de créer des changements durables dans nos vies, de manière collective » présentait une participante. Les citoyen·nes présent·es lors de cette activité partageaient leur colère et leur besoin de prendre part non seulement aux décisions politiques qui transforment nos vies à toustes, mais aussi de s’y investir. Iels ont donc discuté tant de la campagne qui vient de se conclure que des différentes manières de s’organiser dans des causes locales, des enjeux concrets comme les menaces de déportations que subit la famille Rodriguez-Flores, présentement réfugiée dans l’église Plymouth-Trinity depuis 11 mois maintenant.

Les quelques personnes rassemblées au parc Victoria dimanche ne sont pas les seules à se détourner du vote comme moyen de s’exprimer politiquement.  Le taux de participation aux élections provinciales tournant autour de 70% depuis le début du siècle, si l’on exclu les élections de 2008 et leur taux de participation de 57%. Le taux de participation de 2018 a été de 66%. L’abstention est bien souvent grande gagnante des élections, regroupant plus ou moins 30% des électeurices potentiel·les.

Une recherche menée en 2012 par André Blais, Carol Galais et François Gélineau nous apprenait que « la décision de voter ou de s’abstenir ne semble pas a priori relever d’un calcul rationnel ». Comme il n’y a pratiquement aucune chance qu’un vote unique fasse la différence « le bénéfice anticipé de voter est pratiquement nul et le choix logique est de rester chez soi. » Or, les gens votent bel et bien. Cette même étude notait que deux facteurs avaient une forte influence sur la décision de voter ou celle de s’abstenir. Si avoir une préférence marquée pour un parti, un projet, une ou un candidat·e peut pousser à voter, c’est beaucoup parce que les votant·es croient qu’il s’agit d’une obligation morale de voter dans une démocratie comme la nôtre qu’iels décident de se présenter aux urnes.

Le groupe d’âge des personnes votantes les plus mobilisées traditionnellement est celui composé des 64 à 74 ans qui sont, bon an mal an, 80% à voter. Par comparaison, le groupe le moins mobilisé est celui des 18 à 24 ans. En 2018, 69% des jeunes de 21 ans avaient votés selon une étude longitudinale menée par l’Institut de la statistique du Québec. En 2012, alors que la mobilisation étudiante était à son plus grand, que de nombreux jeunes étaient mobilisé·es politiquement dans la rue, 62% du groupe de 18 à 24 ans ont votés comparativement à 84% de la tranche d’âge de 64 à 74 ans. Un écart de 22% qui rappelle que l’implication politique concrète ne va pas toujours de pair avec une présence aux urnes.

C’est donc sans surprise que la candidate sortante Christine Labrie de Québec solidaire, un parti se targuant de répondre entre autres aux considérations des plus jeunes, écrivait sur sa page Facebook le 10 septembre dernier « Je vais être bien honnête, à mes yeux, l’adversaire contre lequel je vais me battre, ce n’est pas la CAQ. […] Vous souvenez-vous en 2018, […] qui était juste derrière moi, au 2e rang? Ce n’était pas la CAQ. C’était l’abstention. 28% d’abstention à Sherbrooke. »

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