À l’université de Sherbrooke: Une lutte pour l’universalité

16 mai 1986

Coupures dans les bibliothèques, fermeture de pro­grammes tels les départements de philosophie, d’études anglaises, le certificat en langues modernes et la faculté de théolo­gie, décontingentement massif, aménagement de 50 % de l’argent généré par la population étu­diante additionnelle versé au ser­vice de la dette, bref, perte de ressources, augmentation des ef­fectifs étudiants constituent le projet de rationalisation finan­cière mis de l’avant par le conseil exécutif de l’Université de Sher­brooke.

C’est dans une conjoncture où les acquis du mouvement étu­diant, de même que les acquis de l’ensemble des organisations progressistes sont remis en ques­tion, que le conseil d’administra­tion de l’Université de Sher­brooke décidait fin février de prendre une position, qui semble, au premier abord, bien anodine : atteindre l’équilibre budgétaire. Les implications d’une telle posi­tion allaient très bientôt sauter aux yeux du mouvement étu­diant. Car sous le fantasme de l’équilibre budgétaire, caressé par les différentes directions uni­versitaires depuis plus de dix ans, on cachait des projets beaucoup moins avouables,

La fonction « Universalis » de l’institution universitaire, ce pôle primordial permettant à notre so­ciété d’évoluer dans tous les secteurs d’études, que ce soit la phi­losophie, la science, l’éducation, est remise en question par les coupures envisagées par le Rec­teur et ses complices. De plus les restrictions prévues auraient pour effet immédiat de provoquer une baisse de la qualité de l’éduca­tion. Les conditions physiques dans lesquelles sont dispensées les cours sont appelées à se dété­riorer. Concrètement, nous se­rons encore plus par cours, et les pédagogues disposeront de moins de ressources (photoco­pies par exemple) pour dispenser les cours. De plus, des prélève­ments de plus de 3 % seront opérés à même les budgets des facultés.

C’est pour ne pas voir l’Uni­versité devenir une grande école technique, une mécanique surs­pécialisée où les sciences hu­maines ne trouveront plus leur place, que les étudiantes et étu­diants de l’Université se sont mo­bilisé-e-s. En refusant de calculer la rentabilité des programmes en termes de revenus et de dépenses, en envisageant l’utilité sociale de l’ensemble des programmes, elles et ils posent les bases d’une unité, d’une solidarité, en même temps que s’effectue une ré­flexion sur la société et le sys­tème d’éducation.

Ce n’est pas en administrant l’Université en fonction de combler un déficit astronomique par rapport aux possibilités d’accueil et de rentabilisation de l’U­niversité que la question de son financement pourra se régler. Les compressions budgétaires impo­sées aux universités par le gouvernement en 81 sont en grande partie responsables du déficit de l’Université. C’est en se tenant debout devant le gouvernement à l’instar des étudiantes et étudiants que nous réglerons cette question.

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