Ce premier roman de la Terre-Neuvienne Bernice Morgan nous ramène au tout début du XIXe siècle en 1810, au moment où une peccadille oblige les Andrews à quitter leur Angleterre natale. Un bateau le dépose au cap Random, un coin désolé de Terre-Neuve. Et les rares habitants du lieu « suivent de leurs yeti] bleus et candides la famille Andrews qui débarque chargée de paniers, de barils, de couvertures enroulées, chargée de sa pauvreté ».
Le premier hiver en cette terre inhospitalière sera terrible – on pèle de froid, on meurt de faim -, alors qu’à l’été hommes et femmes travailleront comme des bêtes de somme pour gagner leur subsistance. Pour décrire cette vie âpre, l’auteure invente deux journaux intimes : elle prête le premier à Lavinia Andrews, jeune fille orgueilleuse et farouche, tandis que le second vient de Thomas Hutchings, homme mystérieux et complexe dont la véritable identité ne sera révélée qu’à la fin. À cet élément de suspense se greffe l’atmosphère très particulière, et magistralement rendue par Mme Morgan, de ce lieu clos qu’est le cap Random. Le résultat est franchement captivant, et le Canada anglais a dû reste réservé un bel accueil, sous silence, enfin, l’excellente traduction qu’en a faite Hélène Rioux. XYZ éditeur, 2000, 352 p.
Source Francine Bordeleau, La Gazette des femmes, septembre et octobre 2000, vol. 22, no 3.

