Il y a un peu plus d’un an, Ginette Provençal, alors porte-parole de l’Association des employés du textile de Sherbrooke inc. affiliée à la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), déclarait : « L’impossible est devenu possible : l’usine que tout le monde croyait morte renaît de ses cendres, parce que nous y avons toujours cru, employeur et travailleurs, investisseurs et acteurs socio-économiques. Grâce à la solida­rité dont les travailleurs ont fait preuve, nous pouvons célébrer aujourd’hui la victoire de la détermination sur le défaitisme, une victoire qui servira d’exemple tant à l’échelle régionale que provinciale. »

Aujourd’hui, c’est au tour des salariés du Syndicat des tra­vailleurs de Cavalier Textiles, affilié à la CSD, de crier vic­toire : Cavalier Textiles survi­vra ! Une offre d’achat a en effet été déposée conjointe­ment par les membres du syn­dicat, les cadres de l’entre­prise et un groupe d’investis­seurs locaux ayant à sa tête M. Ronald Audet, président de Tissages Sherbrooke.

Une équipe de relance aguerrie

Depuis le mois de septembre 2003, Cavalier Textiles s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des com­pagnies (LAAC). À la suite de l’annonce de la fermeture dra­matique de l’usine de Saint-Georges de Beauce, au début du mois de février et, afin d’éviter que le même événe­ment se produise à l’usine de Sherbrooke, les dirigeants syndicaux ont exigé d’être associés au plan de relance.

Le 11 février dernier, la CSD obtenait enfin le feu vert pour créer une équipe de relance de l’usine, présidée par Laval Chartré. Un plan d’affaires a ensuite été élaboré afin de planifier, sur des bases solides, la poursuite des opérations de l’entreprise.

Plusieurs semaines de travail acharné et des pressions continues, adressées par la CSD et les représentants syn­dicaux aux instances gouver­nementales et divers groupes liés au développement social et économique, ont fait que les éléments requis pour le dépôt d’une offre d’achat ont été réunis en moins de deux mois : un grand exploit.

COOP de travailleurs actionnaires

À la suite d’une présentation faite par le service de main-d’œuvre de la CSD, les tra­vailleurs et travailleuses syn­diqués, réunis en assemblée générale, ont convenu dans une proportion de 97 % de fonder une coopérative de travailleurs actionnaires. Cette initiative permet à quelque 200 travailleurs et travailleuses syndiqués de conserver leur emploi, sans avoir à inter­rompre la production et, on entrevoit augmenter à moyen terme le niveau d’emploi. En vertu de l’accord, chaque employé investira 1 000 $ et accepte de contribuer au rem­boursement de l’emprunt par une retenue de 5 % sur son salaire.

Une grande détermination

Bernard Cournoyer, président du syndicat, a tenu à rendre hommage à tous ceux et celles qui se sont investis dans le dossier. « Nous sommes extrê­mement fiers du travail accom­pli jusqu’ici par l’équipe de relance. L’expérience de sau­vetage qui a vu naître l’usine Les Tissages Sherbrooke en janvier 2003 nous a gran­dement inspirés. Nous croyons en cette forme d’investissement coopératif qui nous permet désormais d’avoir notre mot à dire comme partenaire de la nouvelle entreprise, et ce, en parfaite harmonie avec la cul­ture de démocratisation des milieux de travail véhiculée par la CSD. »

De son côté, Ronald Audet affirme que les perspec­tives d’avenir de l’usine sont nettement meilleures que ce qu’on aurait pu croire, puisque que l’entreprise était sous la LACC. Le groupe d’inves­tisseurs met la main sur une centaine de produits de qualité, que lorgnent avec intérêt des centaines de clients.

La détermination de la CSD et du syndicat a porté fruit. Depuis sa fondation en 1972, la CSD a toujours cru, et croit toujours d’ailleurs, qu’il faut rendre au travail son vrai sens et donner aux tra­vailleurs comme aux syndicats qui les représentent, la place qui leur revient au sein des milieux de travail, de les reconnaître à part entière. Il ne faudrait surtout pas oublier qu’aujourd’hui, sans la pré­sence du syndicat et de la CSD, on ne parlerait pas d’une superbe relance, mais probablement d’une désolante fermeture.

Denis Vigneault
Coordonnateur régional de la CSD

 

 

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