Collège de Sherbrooke: Grève et contre-grève

1 Décembre 1986

La grève étudiante a fait cou­ler beaucoup d’encre dans les médias depuis son déclenche­ment. Il est important de bien, connaître la situation pour ju­ger de la pertinence de l’action des étudiant-e-s.

D’abord, un bref rappel de leurs revendications. Trois avaient été jugées prioritaires 1- La gratuité scolaire au collégial, 2- Le maintien du gel des frais de scolarité universi­taires, 3- Une refonte en profon­deur du régime de prêts et bourses. Le plan d’action, quant à lui, consistait à établir un rapport de force avec le gouverne­ment pour négocier avec lui. Rapport de force ? Il fallait bien sûr un nombre imposant d’insti­tutions scolaires en grève géné­rale illimitée.

Dans un premier temps, les étudiant-e-s du Collège de Sher­brooke s’étaient prononcés contre la grève, mais devant l’ampleur du mouvement de grève générale illimitée, au niveau national, ils et elles sont revenus sur leur décision.

Dissidence

Ce fut une grève bien contro­versée, puisqu’un groupe de dis­sidents et dissidentes tentent dès le premier jour de traverser les lignes de piquetage avec l’aide de la police. Cette opération échoue et se solde par l’arrestation injus­tifiée d’un gréviste et par des coups de matraques. Il est à souli­gner que l’Association Étudiante du Collège de Sherbrooke condamne cette intervention po­licière brutale et aussi l’attitude de l’administration qui aurait pu empêcher cet affrontement.

Des gains

Quels sont les gains obtenus par les 25 associations étudiantes’ en grève ? D’abord, le gel des frais de scolarité à l’université jusqu’en 1989; ensuite, le gel des frais afférents (frais de matériel) à 100 $ indexable ,au coût de la vie. Puis la promesse du gouver­nement de ne pas toucher la loi, des Collèges qui garantit la gra­tuité scolaire. Finalement, une table de négociation a été formée, réunissant le gouvernement et des représentant-e-s étudiants, sur les prêts et bourses. Il reste un point en litige; les frais de scolarité pour les cours d’été au Collé­gial seront-ils abolis ? Le gouver­nement les considère comme des frais afférents, les étudiants et étudiantes eux les considèrent comme des frais de scolarité. Un avis juridique considère que le,

Dans le but de rétablir le calme, l’administration suspend les activités du Collège; des lignes de piquetage symboliques sont cependant maintenues tout au long de la grève.

Pendant le débrayage, une pre­mière assemblée générale main­tient le mot d’ordre de grève malgré des gains importants. Mais, en tenant compte des posi­tions d’une réunion nationale te­nue le 1er novembre, une deuxième assemblée vote la trève de la grève et mandate le Conseil Général de l’AECS pour appli­quer des moyens de pression spo­radiques tels que : manifestations et occupations de bureaux gou­vernementaux. On adopte aussi un principe de grève générale illi­mitée pour janvier si les négocia­tions avec le gouvernement ne sont pas satisfaisantes.

Le gouvernement a contourné la loi et il est possible que l’Associa­tion Nationale des Étudiants et Étudiantes de Québec (ANEEQ) intente une poursuite au gouver­nement.

Il est donc clair que la grève étudiante, malgré les sceptiques, a apporté des gains importants à la population étudiante. On ne peut nier que la vieille tactique du rapport de force imposant a porté fruit. Le gouvernement a reculé. Maintiendra-t-il sa position ? On pourra en juger en janvier, lorsqu’en congrès l’ANEEQ fera le bilan des négociations qui se tien­dront jusqu’à la mi-décembre.

Laurence Johnson
Association Étudiante du Collège de Sherbrooke

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