L’apport de l’immigration à Sherbrooke est bien connue. Le quartier Centre Sud-Ouest s’est forgé une image grâce à la migration. Il a hérité d’une richesse culturelle de cette diversité. Quand on regarde le nombre de réfugiés, d’organismes d’accueil, de restaurants, de boutiques d’importation, on s’aperçoit que la présence d’immigrantes et d’immigrants nous ouvre de nouveaux horizons. Les nouveaux arrivés partagent leurs mœurs, leurs langues, leurs costumes, leurs musiques et leur savoir-faire. Mais que savons-nous de ces gens ? Pourquoi se sont-ils installés ici ? Ont-ils reçu du support à leur arrivée ? Pour répondre à ces quelques questions, Entrée Libre présente ce dossier avec lequel nous apprendrons davantage sur ces personnes immigrantes qui nous entourent.
L’IMMIGRATION À SHERBROOKE : DIVERSITÉ ET DÉFIS
Suite à la Seconde Guerre mondiale, l’immigration augmenta progressivement au Québec. Sherbrooke suivit cette tendance générale en admettant ses premiers immigrants. En 1954, devant un flot important d’immigration, la ville crée un organisme : « Le Bien-Être des Immigrants ». Fondé avec la collaboration de l’Archevêché du diocèse de Sherbrooke, cet organisme, aujourd’hui appelé « Service d’aide aux Néo-canadiens » (SANC), vise à aider les nouveaux arrivants à bien s’installer, puis à les épauler dans leurs toutes premières démarches, afin de réduire leur insécurité engendrée par la migration.
Selon le contexte international, le visage de l’immigration change. En 1975, apparaissent des personnes aux traits bridés : une population vietnamienne s’enracine. Les Vietnamiens ont eu à subir un pénible voyage (rappelons-nous l’époque des boat people). Entre 1979 et 1983, la population immigrante provient en grande partie du Sud-Asiatique. Et, entre 1982 et 1985, des réfugiés de l’Amérique latine (surtout du Salvador) débarquèrent à Sherbrooke. L’an dernier 616 personnes provenant de 35 pays différents (voir tableau 1) se sont établies ici. Or depuis 1993, la plupart des nouveaux immigrants sont d’origine ex-Yougoslave et en forme une forte communauté. Cette dernière se compose de trois ethnies : des Serbes (en majorité) des Croates et des Musulmans. En plus des ex-Yougoslaves, on retrouve principalement des Vietnamiens, des Sud-Américains et des Rwandais.
Pourquoi immigre-t-on ?
La catégorie , des réfugiés (voir tableau 2) compose la majeure partie de la population immigrante. Ils fuient leur pays pour plusieurs raisons : droits bafoués, conditions de vie ardues et crainte pour leur survie. Il faut penser que la guerre avec ses massacres engendre plusieurs milliers de victimes par année.
Le quartier Centre Sud-Ouest possède une bonne part des organismes qui offrent des services aux immigrantes et immigrants. C’est la raison pour laquelle y circulent beaucoup de gens de différentes communautés culturelles, même si ceux-ci n’y ont pas tous élu domicile. Depuis un certain temps, par exemple, Sherbrooke ouvre ses portes aux Afghans et, du fait de la présence d’une mosquée dans le quartier Est, un grand nombre de ceux-ci s’y établissent parce qu’ils sont de religion musulmane.
L’adaptation : ce n’est pas une paire de manches
Beaucoup, parmi les personnes immigrantes sont des réfugiés. Ces gens souffrent davantage du stress de la migration, celle-ci s’étant réalisée sans réelle préparation ou volonté de partir. Peu importe l’endroit d’atterrissage, le choc est violent et déstabilisant. Surtout si l’immigrante ou l’immigrant provient d’un pays où les manières de vivre diffèrent des nôtres; l’adaptation se fait plus difficilement.
Les premières semaines d’immigration se révèlent une véritable course contre la montre : trouver un logis, inscrire les enfants à l’ école, accéder aux services téléphoniques, etc… Où fait-on l’épicerie ? Quels formulaires doit-on remplir ? Ouf !… Comment se fait-on comprendre en parlant une langue étrangère ? Grâce à la banque d’interprètes et de bénévoles du Service d’aide aux Néo-canadiens (SANC), ces personnes qui ignorent le français peuvent bénéficier de leurs appuis.
Barrière de la langue
La première barrière à faire tomber est celle de la langue. Après leur installation, le Centre d’orientation et de formation pour personnes immigrantes (COFI) prend la relève en offrant aux immigrants adultes des cours de français obligatoires. C’est un :français fonctionnel et pratique. Ginette Jacques, du COFI, nous explique : « En ce qui a trait à l’apprentissage, on remarque, chez les ex-Yougoslaves, des problèmes de structures de phrases et de prononciation. Chez les Afghans, ce sont la lecture et l’écriture, qui s’avèrent des obstacles, puisque leur alphabet est à l’opposé du nôtre. » Lorsqu’ils ont terminé leurs cours, les étudiants ont acquis une bonne base et peuvent, s’ils le désirent, poursuivre des cours de perfectionnement au Centre Saint-Michel.
En ce qui concerne les enfants, ceux-ci sont directement admis dans des classes d’accueil dans les écoles du quartier, dont les écoles Larocque, Buissière et enfin St-Joseph, et, au secondaire, à l’école Le Phare. Leur contact quotidien avec de jeunes Québécois facilitent leur intégration.
Et le gagne-pain…
Pour qu’une personne immigrante s’adapte bien à son pays d’accueil, elle doit comprendre le marché du travail. Après l’étude du français, elle peut songer à se .trouver un gagne-pain. Pour accéder plus aisément au marché du travail, elle reçoit l’aide du Service d’accès au travail pour personnes immigrantes (SATI), dernièrement mis sur pied par le Centre Saint-Michel et le SANC. Pour ce nouveau service, ces personnes reçoivent de la formation et ont droit à de 9 à 11 semaines de stages en entreprises, dans des organismes ou autres milieux plus diversifiés, ce qui augmente leurs possibilités d’obtenir un emploi. Danielle Robert, conseillère d’orientation pour le SATI, nous en parle : « Comme il y a eu déjà des programmes d’ employabilité, on a offert une formule renfermant juste des stages pour ceux qui avaient déjà suivi la formation au SANC. Parmi ceux-ci, les deux tiers ont gardé un emploi après (peut-être à cause de la période de l’année ?). C’est un beau succès ! »
| 1. PROVENANCE DES IMMIGRANTS EN 1997 | ||
| Pays majoritaires |
Nombre |
% |
| Ex-Yougoslavie |
344 |
58,8 |
| Afghanistan |
132 |
22,5 |
| France |
26 |
4,4 |
| Algérie |
22 |
3,8 |
| Maroc |
21 |
3,6 |
| 2. Catégories d’immigrants |
Indépendants |
Familles |
Réfugiés |
| 1996 |
64 |
95 |
482 |
| 1997 |
99 |
45 |
472 |



