COMMUNAUTÉS CULTURELLES

12 septembre 1998

 

L’apport de l’immigration à Sherbrooke est bien connue. Le quartier Centre Sud-Ouest s’est forgé une image grâce à la migration. Il a hérité d’une richesse culturelle de cette diversité. Quand on regarde le nombre de réfugiés, d’organismes d’accueil, de res­taurants, de boutiques d’importation, on s’aperçoit que la présence d’immigrantes et d’immigrants nous ouvre de nouveaux horizons. Les nouveaux arrivés partagent leurs mœurs, leurs langues, leurs costumes, leurs musiques et leur savoir-faire. Mais que savons-nous de ces gens ? Pourquoi se sont-ils installés ici ? Ont-ils reçu du support à leur arrivée ? Pour répondre à ces quelques questions, Entrée Libre présente ce dossier avec lequel nous apprendrons davantage sur ces personnes immigrantes qui nous entourent.

L’IMMIGRATION À SHERBROOKE : DIVERSITÉ ET DÉFIS

Suite à la Seconde Guerre mondiale, l’immigration augmenta progressivement au Québec. Sherbrooke suivit cette tendance générale en admettant ses pre­miers immigrants. En 1954, devant un flot important d’immigration, la ville crée un organisme : « Le Bien-Être des Immigrants ». Fondé avec la collabora­tion de l’Archevêché du diocèse de Sherbrooke, cet organisme, aujourd’hui appelé « Service d’aide aux Néo-canadiens » (SANC), vise à aider les nouveaux arrivants à bien s’installer, puis à les épauler dans leurs toutes premières dé­marches, afin de réduire leur insécurité engendrée par la migration.

Selon le contexte interna­tional, le visage de l’immi­gration change. En 1975, apparaissent des personnes aux traits bridés : une popu­lation vietnamienne s’enra­cine. Les Vietnamiens ont eu à subir un pénible voyage (rappelons-nous l’époque des boat people). Entre 1979 et 1983, la population immigrante provient en grande partie du Sud-Asiati­que. Et, entre 1982 et 1985, des réfugiés de l’Amérique latine (surtout du Salvador) débarquèrent à Sherbrooke. L’an dernier 616 personnes provenant de 35 pays diffé­rents (voir tableau 1) se sont établies ici. Or depuis 1993, la plupart des nouveaux im­migrants sont d’origine ex-Yougoslave et en forme une forte communauté. Cette dernière se compose de trois ethnies : des Serbes (en majorité) des Croates et des Musulmans. En plus des ex-Yougoslaves, on retrouve principalement des Vietna­miens, des Sud-Américains et des Rwandais.

Pourquoi immigre-t-on ?

La catégorie , des réfugiés (voir tableau 2) compose la majeure partie de la popula­tion immigrante. Ils fuient leur pays pour plusieurs rai­sons : droits bafoués, condi­tions de vie ardues et crain­te pour leur survie. Il faut penser que la guerre avec ses massacres engendre plu­sieurs milliers de victimes par année.

Le quartier Centre Sud-Ouest possède une bonne part des organismes qui of­frent des services aux immi­grantes et immigrants. C’est la raison pour laquelle y cir­culent beaucoup de gens de différentes communautés culturelles, même si ceux-ci n’y ont pas tous élu domicile. Depuis un certain temps, par exemple, Sher­brooke ouvre ses portes aux Afghans et, du fait de la pré­sence d’une mosquée dans le quartier Est, un grand nombre de ceux-ci s’y éta­blissent parce qu’ils sont de religion musulmane.

L’adaptation : ce n’est pas une paire de manches

Beaucoup, parmi les per­sonnes immigrantes sont des réfugiés. Ces gens souf­frent davantage du stress de la migration, celle-ci s’étant réalisée sans réelle prépara­tion ou volonté de partir. Peu importe l’endroit d’at­terrissage, le choc est vio­lent et déstabilisant. Surtout si l’immigrante ou l’immi­grant provient d’un pays où les manières de vivre diffè­rent des nôtres; l’adaptation se fait plus difficilement.

Les premières semaines d’immigration se révèlent une véritable course contre la montre : trouver un logis, inscrire les enfants à l’ école, accéder aux services télé­phoniques, etc… Où fait-on l’épicerie ? Quels formulai­res doit-on remplir ? Ouf !… Comment se fait-on com­prendre en parlant une lan­gue étrangère ? Grâce à la banque d’interprètes et de bénévoles du Service d’aide aux Néo-canadiens (SANC), ces personnes qui ignorent le français peuvent bénéfi­cier de leurs appuis.

Barrière de la langue

La première barrière à faire tomber est celle de la lan­gue. Après leur installation, le Centre d’orientation et de formation pour personnes immigrantes (COFI) prend la relève en offrant aux im­migrants adultes des cours de français obligatoires. C’est un :français fonction­nel et pratique. Ginette Jac­ques, du COFI, nous explique : « En ce qui a trait à l’apprentissage, on remarque, chez les ex-Yougoslaves, des problèmes de structures de phrases et de prononciation. Chez les Afghans, ce sont la lecture et l’écriture, qui s’avèrent des obstacles, puisque leur alphabet est à l’opposé du nôtre. » Lorsqu’ils ont terminé leurs cours, les étudiants ont acquis une bonne base et peuvent, s’ils le désirent, poursuivre des cours de perfectionnement au Centre Saint-Michel.

En ce qui concerne les en­fants, ceux-ci sont directe­ment admis dans des classes d’accueil dans les écoles du quartier, dont les écoles Larocque, Buissière et en­fin St-Joseph, et, au secondaire, à l’école Le Phare. Leur contact quotidien avec de jeunes Québécois facili­tent leur intégration.

Et le gagne-pain…

Pour qu’une personne im­migrante s’adapte bien à son pays d’accueil, elle doit comprendre le marché du travail. Après l’étude du français, elle peut songer à se .trouver un gagne-pain. Pour accéder plus aisément au marché du travail, elle reçoit l’aide du Service d’accès au travail pour per­sonnes immigrantes (SATI), dernièrement mis sur pied par le Centre Saint-Michel et le SANC. Pour ce nou­veau service, ces personnes reçoivent de la formation et ont droit à de 9 à 11 se­maines de stages en entre­prises, dans des organismes ou autres milieux plus diversifiés, ce qui augmente leurs possibilités d’obtenir un emploi. Danielle Robert, conseillère d’orientation pour le SATI, nous en parle : « Comme il y a eu déjà des programmes d’ employabi­lité, on a offert une formule renfermant juste des stages pour ceux qui avaient déjà suivi la formation au SANC. Parmi ceux-ci, les deux tiers ont gardé un emploi après (peut-être à cause de la pé­riode de l’année ?). C’est un beau succès ! »

1. PROVENANCE DES IMMIGRANTS EN 1997
Pays majoritaires

Nombre

 %

Ex-Yougoslavie

344

58,8

Afghanistan

132

22,5

France

26

4,4

Algérie

22

3,8

Maroc

21

3,6

 

2. Catégories d’immigrants

Indépendants

Familles

Réfugiés

1996

64

95

482

1997

99

45

472

 

 

 

 

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