Conflits d’intérêts ?

1 mars 2007

Ruban rose

La compagnie Revlon figure parmi les principaux commanditaires de la Course à la vie CIBC de la Fondation canadienne du cancer du sein. Or, une quarantaine de ses produits de beauté contiendraient des ingrédients préoccupants, voire potentiellement cancérigènes, selon Skin Deep, une base de données évaluant les produits domestiques et cosmétiques (mise au point par l’Environmental Working Group, un orga­nisme de recherche à but non lucratif des États-Unis). La pétro­lière Ultramar, elle, peut se targuer d’être un des principaux parte­naires de la Fondation du cancer du sein du Québec.

Un non-sens aux yeux de Madeleine Bird, membre de l’Action cancer du sein de Montréal. Et rien pour encourager les fondations à investir davantage dans la recherche sur les produits toxiques. « On ne mord pas la main qui nous nourrit », dit la femme de 26 ans qui a mené en 2004 une étude sur la cause marketing du ruban rose.

Manon Durocher, directrice générale de la Fondation du cancer du sein du Québec, s’en défend. Son organisme a récolté près d’un demi-million de dollars grâce à sa campagne Achetez rose pour la cause, en 2005. Cet argent a servi à financer des programmes de santé du sein (ex. : promotion de l’auto-examen et de la mammo­graphie) et de soutien aux victimes, mais aussi de la recherche. En 2004, la Fondation a accordé 1,5 million de dollars à un projet de recherche mené par l’épidémiologiste Mark Goldberg, de l’Université McGill, et portant sur l’interaction des gènes avec l’envi­ronnement. « Si demain matin, Santé Canada nous indique que le rouge à lèvres de telle entreprise contient un produit cancérigène, il est certain que nous allons mettre un terme à notre entente avec ce partenaire », dit-elle.

La Fondation canadienne du cancer du sein adopte la même posi­tion. Barb Bryson, directrice des communications, fait valoir que la prévention primaire a représenté 26 % du budget de son orga­nisme pour l’année fiscale 2006.

Madeleine Bird souhaite que les fondations aillent plus loin. Elles pourraient exiger de leurs commanditaires qu’ils modifient certaines de leurs pratiques. « Si Ford {qui soutient la Fondation canadienne du cancer du sein] s’inquiétait vraiment du cancer du sein, elle modifierait ses voitures pour réduire leurs émissions toxiques » affirme-t-elle.

Source : La Gazette des femmes, Vol. 28 n° 4, Janvier-février 2007

 

 

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