De la grève générale à la marche vers Ottawa

1 avril 2005
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Les camps de travail en avril 1935

Au printemps et à l’été 1935, des milliers de chômeurs forcés de travailler comme du bétail dans les camps de travail, enclenchent une grève et marchent sur Ottawa pour exiger la mise en place d’un véritable régime de protection pour les travailleurs et travailleuses victimes de la Crise économique de 1929. Bien que le mouvement ouvrier canadien exige depuis plusieurs années la création d’un programme d’assurance-chômage, ce sera la lutte héroïque et exemplaire de la classe ouvrière en 1935 qui forcera le gouvernement fédéral à créer la loi de l’assurance-chômage quelques années plus tard.

En 1933, pour faire face à l’augmentation fulgurante du chômage au pays (plus de 30 % dans certaines régions), le gou­vernement conservateur de Bennett met sur pied des camps de travail sous la tutelle du Ministère de la Défense. En fait, l’État canadien a peur que les travailleurs et travailleuses, victimes du capitalisme et des crises économiques qu’il en­gendre, soient gagnés par les idées radicales montantes, telles que le socialisme et le communisme.

Les camps de travail

La dure répression menée contre les communistes, les socialistes, les anarchistes, les syndicalistes et les personnes immigrantes, emprisonnés et déportés, suite à la mise en application de l’article 98 du Code criminel, ne suffit pas à calmer l’exaspération et la gro­gne du prolétariat canadien. Dans ce contexte, éloigner les chômeurs des grands centres industriels, devient pour le gouvernement la solution évidente.

Afin d’obtenir un minimum de secours, les jeunes chômeurs célibataires et sans domicile fixe, doivent se présenter dans les camps. Ils reçoivent alors un « salaire » de 20 sous par jour et sont logés et nourris. Les conditions matérielles y sont déplorables. Les chômeurs n’y ont à peu près aucun droit et sont organisés de façon militaire. Ces camps deviendront de « véritables camps d’entraî­nement pour radicaux » et créeront l’effet contraire de celui escompté par le pouvoir.

Début de la grève… marche vers Ottawa

C’est le 4 avril 1935 qu’éclate la grève dans les camps de la Colombie-Britannique. Dans les semaines qui suivent, les manifestations de solidarité s’intensifient à Vancouver. Des dizaines d’organisations politiques et syndicales contri­buent de façon massive au support financier et logisti­que des grévistes. La popula­tion contribue par des dons qui se comptent en milliers de dollars. Face au refus des instances municipales ainsi que provinciales et fédérales de répondre favorablement à leurs revendications, les gré­vistes choisissent de porter la lutte à un autre niveau. Ils décident alors de « marcher » sur Ottawa. Les 4 et 5 juin, des centaines de chômeurs mon­tent dans les trains et sur les toits des wagons en direction de la capitale fédérale.

Le 14 juin, journée de l’entrée du premier contingent des marcheurs à Régina, ils sont plus de 1 500. Des centaines arriveront dans les jours sui­vants. Du 14 juin au 1er juillet, les manifestations et rassem­blements s’y multiplient. Dans les environs du 17 au 19 juin, les chômeurs de l’Ontario et du Québec déclenchent la grève dans les camps, mais ils ne verront jamais leurs camarades de l’Ouest à Ottawa. Le 1er juillet, l’arrestation des têtes d’affiche de la Marche déclen­chera l’émeute. Il y aura de nombreuses arrestations, un mort, des blessés et des dis­parus. Le 5 juillet, les derniers marcheurs quittent Régina. Ainsi prend fin l’expédition.

L’assurance-chômage

Malgré cette fin en queue de poisson, la mobilisation des chômeurs du printemps et de l’été 1935, n’aura pas été vaine. Avant cette bataille, les chefs politiques canadiens croyaient que le gouvernement ne devait pas être responsable du bien-être de la société. Après l’été 1935, l’idée contraire s’est installée et en 1940, la loi sur l’assurance-chômage, bien qu’insuffisante, est instaurée. Soixante-dix ans plus tard, il est de notre devoir de rappeler à notre mémoire, ces événe­ments historiques, certes, mais surtout solidaires.

Source : En Marche, le Journal du Mouvement Autonome et Solidaire des Sans-Emploi, Édition spéciale

 

 

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