En 1971, « Québécoises deboutte ! » sonnait le ralliement. En 2026, on se lève encore parce que le mouvement anti choix est loin d’avoir disparu, mais il a changé de visage.
Depuis quelques années, on entend souvent qu’au Québec, « la bataille de l’avortement est gagnée ». Pourtant, des recherches récentes montrent une réalité plus nuancée et préoccupante. Le mouvement anti choix demeure bien organisé et financé. Il a renouvelé ses stratégies : langage adouci, discours se disant « neutre », présence accrue dans les milieux communautaires, politiques et numériques. Même le réseau de la santé n’est pas à l’abri où persistent parfois des attitudes et des discours hostiles à l’avortement.
Le 9 décembre dernier la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) publiait le rapport de recherche « Quand le consensus vacille : état des lieux du mouvement contre l’avortement au Québec ». On y documente les réseaux, stratégies et discours anti choix observés au Québec, avec des observations par milieux (communautaire, politique, numérique, santé). Nous invitons les lectrices et lecteurs à consulter ce rapport, plus particulièrement la page 32, pour mieux comprendre comment repérer la présence du mouvement anti-choix dans notre propre région.
Sur le terrain, les mobilisations se poursuivent. Le 1er juin 2024, la « Marche pour la vie » s’est tenue pour la première fois à Québec : des groupes pro-choix ont riposté pour affirmer l’autonomie corporelle. Nous y étions ! Une deuxième marche s’est organisée en 2025. L’idée qu’il n’y aurait plus de débat face au droit à l’avortement n’est donc qu’un mythe. Ces éléments démontrent l’importance de la protection des droits des femmes et des droits de la santé reproductive au Québec.
Heureusement, le cadre juridique s’est consolidé. À l’été 2025, la Cour supérieure du Québec a confirmé l’interdiction de manifester à moins de 50 mètres des cliniques pratiquant des interruptions volontaires de grossesse, rappelant que l’avortement est un soin de santé sécuritaire, légal et que la dignité et la vie privée des patient·es priment. Cette décision faisait suite à une contestation déposée par une organisation anti-choix. Le message du tribunal est clair : les zones tampons sont nécessaires.
Pendant que nous luttons pour affirmer nos droits, la stratégie anti choix se déplace ailleurs. On la voit notamment dans le réseau des centres dits « d’aide à la grossesse » qui se présentent comme neutres, alors qu’ils diffusent peur, culpabilité et informations trompeuses pour dissuader les personnes d’avorter. Au Québec, des reportages et outils d’organismes pro choix documentent ces tactiques depuis des années.
Cette désinformation ne se limite pas aux vitrines de rue : elle circule massivement en ligne. Des organisations crédibles, comme la société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC), ont sonné l’alarme sur l’ampleur des mythes (infertilité, cancers, « dépression post avortement ») propagés par certains « centres de crise » et influenceurs, affaiblissant la confiance envers des soins essentiels.
Face à ces enjeux, le gouvernement du Québec a publié un Plan d’action 2024 -2027 pour améliorer l’accès à l’avortement, combattre la désinformation et déployer de nouveaux points de service afin d’améliorer l’accès à la pilule abortive. L’objectif est clair : garantir un accès sécuritaire et équitable à l’avortement sur l’ensemble du territoire.
Pourquoi revenir à « Générations deboutte ! » en 2026 ? Parce qu’une chaîne intergénérationnelle nous relie de celles qui ont arraché le droit à l’avortement à celles qui aujourd’hui doivent le défendre contre une érosion sournoise. Au delà de la lutte pour le droit à l’avortement, l’égalité des genres n’est pas atteinte. Même si on le caricature encore, le mot « féminisme » garde toute sa pertinence aujourd’hui.
En Estrie, SOS Grossesse Estrie et le Collectif pour le libre choix constatent la même réalité : des personnes en détresse contactent des ressources qui prétendent aider, mais les égarent. Notre réponse est simple et essentielle : être présentes avec une écoute respectueuse, transmettre une information fiable et sans jugement et offrir un accompagnement pro-choix. Bref, un service sans pression ni influence.
Déboulonner les mythes, protéger les zones de soins, soutenir les cliniques et les organismes pro choix, exiger une formation adéquate dans le réseau de la santé, financer la prévention et l’éducation : autant de gestes concrets qui prolongent l’héritage des « Québécoises deboutte ! » et rendent justice aux pionnières. Le 8 mars, on se lève ensemble, parce qu’écrire, témoigner, agir, c’est encore et toujours protéger la liberté de choisir.






