Budget fédéral 1999-2000
Chaque année, le comité fiscalité de Solidarité Populaire Estrie qui regroupe des organismes populaires et syndicaux, se fait un devoir d’émettre son opinion sur les budgets du gouvernement fédéral et provincial. Nous le faisons parce que pour nous, le budget annuel d’un gouvernement est un geste politique et économique qui devrait s’inscrire dans une vision plus large du développement et de la justice sociale. La politique budgétaire dépasse de loin un strict exercice comptable. Nous voulons, aujourd’hui, présenter quelques réflexions sur le prochain budget fédéral 1999-2000 qui sera déposé à la mi-février prochain.
Pour plusieurs raisons nous estimons que le gouvernement libéral doit changer de cap : le niveau de vie réel d’une majorité de Canadiennes et de Canadiens a diminué et il est désespérément bas pour ceux et celles qui viennent régulièrement grossir les rangs des personnes vivant dans la pauvreté. Selon l’Association canadienne des banques alimentaires : « Les changements apportés à l’ancien système d’assurance-chômage constituent l’une des raisons les plus importantes du recours accru aux banques alimentaires au cours des dix dernières années. Avant, les prestataires de l’assurance-chômage n’avaient pas vraiment besoin des banques alimentaires, puisqu’ils n’étaient pas complètement anéantis. » Le Comité des Nations unies sur les droits économiques, sociaux et culturels, note (dans son rapport sur le Canada) que 90 % des mères seules âgées de moins de 25 ans sont pauvres, que le chômage et le sous-emploi sont répandus à l’échelle du pays, que 20 % de la population adulte est analphabète et que la clochardisation augmente à un rythme inquiétant.
Le Conseil canadien de développement social, dans son rapport annuel, exprime que non seulement le nombre d’enfants pauvres n’a pas diminué, depuis que le gouvernement fédéral a pris des engagements en ce sens il y a quelques années, mais il a grimpé considérablement et s’élève maintenant à 1,5 million.
Il est de plus en plus évident que la lutte au déficit, sous le gouvernement libéral de Jean Chrétien, a été un succès si on ne porte attention qu’au seul point de vue comptable. Par contre, sous prétexte d’éliminer le déficit, les derniers budgets fédéraux ont engendré des souffrances brutales, excessives et inutiles aux populations canadienne et québécoise.
Sur le dos des chômeurs et chômeuses
La réforme de l’assurance-chômage est une des raisons de l’assainissement des finances publiques Canadiennes ces dernières années. Rappelons qu’au cours de 1998, le régime d’assurance-emploi a dégagé à lui seul plus de 7 milliards, une somme qui aurait dû demeurer dans le programme comme tel mais qui sera sans doute versée au fonds consolidé du gouvernement pour réduire le déficit d’autant. Cette réforme a fait en sorte que le taux de couverture de l’assurance-emploi est passé de 90 % en 1993 à 40 % des chômeurs et chômeuses actuellement. Cette situation –a conduit forcément à l’augmentation de la clientèle de l’aide sociale, dans un contexte où les paiements de transfert aux provinces sont réduits considérablement.
Des surplus à réinjecter
Actuellement, le gouvernement libéral se dirige vers un surplus de 10 milliards pour l’exercice financier courant, mais il ne semble pas y avoir une volonté claire de réajuster le tir en mettant en place un certain nombre de mesures qui répareraient les dégâts importants que le gouvernement a créé, Bien au contraire, ce dernier semble maintenant utiliser le prétexte de la réduction de la dette pour poursuivre sa lancée de compressions des dépenses. De plus, non seulement le fédéral ne veut pas injecter des fonds supplémentaires dans les dépenses de programme dont principalement le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS), mais il s’ingère de plus en plus dans des champs de compétence provinciale, le Fonds des bourses du millénaire en étant un exemple.
À quelques semaines du budget, il semble que le gouvernement Chrétien serait prêt à réinjecter entre un et deux milliards dans les transferts aux provinces, notamment pour la santé. Nous sommes loin des attentes des provinces qui demandent le rétablissement par Ottawa du financement pour les programmes sociaux, 1 ‘éducation et la santé à son niveau plancher de 1994 (18,5 milliards, contre 12,5 milliards aujourd’hui). Nous sommes très peu confiants sur la possibilité de voir des changements sérieux dans le prochain budget car en octobre dernier, le ministre Martin nous apprenait que le surplus de 1998 s’était volatilisé. Tout était allé au remboursement de la dette. Nous sommes persuadés que le gouvernement libéral de Jean Chrétien a les outils et l’argent pour corriger, du moins en partie, les situations que nous décrivons.



