Des changements majeurs s’imposent

27 janvier 1999

Budget fédéral 1999-2000

Chaque année, le comité fiscalité de Solidarité Populaire Estrie qui regroupe des organismes populaires et syndicaux, se fait un devoir d’émettre son opinion sur les bud­gets du gouvernement fédéral et provincial. Nous le faisons parce que pour nous, le budget annuel d’un gouvernement est un geste politique et économique qui devrait s’ins­crire dans une vision plus large du développement et de la justice sociale. La politique budgétaire dépasse de loin un strict exercice comptable. Nous voulons, aujourd’hui, pré­senter quelques réflexions sur le prochain budget fédéral 1999-2000 qui sera déposé à la mi-février prochain.

Pour plusieurs raisons nous estimons que le gouvernement libéral doit changer de cap : le niveau de vie réel d’une ma­jorité de Canadiennes et de Canadiens a diminué et il est désespérément bas pour ceux et celles qui viennent régulière­ment grossir les rangs des per­sonnes vivant dans la pauvreté. Selon l’Association canadienne des banques alimentaires : « Les changements apportés à l’ancien système d’assurance-chômage constituent l’une des raisons les plus importantes du recours accru aux banques ali­mentaires au cours des dix der­nières années. Avant, les prestataires de l’assurance-chômage n’avaient pas vrai­ment besoin des banques ali­mentaires, puisqu’ils n’étaient pas complètement anéantis. » Le Comité des Nations unies sur les droits économiques, sociaux et culturels, note (dans son rapport sur le Canada) que 90 % des mères seules âgées de moins de 25 ans sont pauvres, que le chômage et le sous-emploi sont répandus à l’échelle du pays, que 20 % de la popu­lation adulte est analphabète et que la clochardisation aug­mente à un rythme inquiétant.

Le Conseil canadien de déve­loppement social, dans son rapport annuel, exprime que non seulement le nombre d’en­fants pauvres n’a pas diminué, depuis que le gouvernement fédéral a pris des engagements en ce sens il y a quelques an­nées, mais il a grimpé consi­dérablement et s’élève mainte­nant à 1,5 million.

Il est de plus en plus évident que la lutte au déficit, sous le gouvernement libéral de Jean Chrétien, a été un succès si on ne porte attention qu’au seul point de vue comptable. Par contre, sous prétexte d’élimi­ner le déficit, les derniers budgets fédéraux ont engendré des souffrances brutales, excessi­ves et inutiles aux populations canadienne et québécoise.

Sur le dos des chômeurs et chômeuses

La réforme de l’assurance-chômage est une des raisons de l’assainissement des finances publiques Canadiennes ces der­nières années. Rappelons qu’au cours de 1998, le régime d’assurance-emploi a dégagé à lui seul plus de 7 milliards, une somme qui aurait dû demeurer dans le programme comme tel mais qui sera sans doute versée au fonds consolidé du gouver­nement pour réduire le déficit d’autant. Cette réforme a fait en sorte que le taux de couver­ture de l’assurance-emploi est passé de 90 % en 1993 à 40 % des chômeurs et chômeuses ac­tuellement. Cette situation a conduit forcément à l’augmen­tation de la clientèle de l’aide sociale, dans un contexte où les paiements de transfert aux pro­vinces sont réduits considéra­blement.

Des surplus à réinjecter

Actuellement, le gouverne­ment libéral se dirige vers un surplus de 10 milliards pour l’exercice financier courant, mais il ne semble pas y avoir une volonté claire de réajuster le tir en mettant en place un certain nombre de mesures qui répareraient les dégâts impor­tants que le gouvernement a créé, Bien au contraire, ce der­nier semble maintenant utiliser le prétexte de la réduction de la dette pour poursuivre sa lancée de compressions des dépenses. De plus, non seulement le fé­déral ne veut pas injecter des fonds supplémentaires dans les dépenses de programme dont principalement le Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS), mais il s’ingère de plus en plus dans des champs de compétence provinciale, le Fonds des bourses du millé­naire en étant un exemple.

À quelques semaines du bud­get, il semble que le gouverne­ment Chrétien serait prêt à réinjecter entre un et deux mil­liards dans les transferts aux provinces, notamment pour la santé. Nous sommes loin des attentes des provinces qui de­mandent le rétablissement par Ottawa du financement pour les programmes sociaux, 1 ‘édu­cation et la santé à son niveau plancher de 1994 (18,5 mil­liards, contre 12,5 milliards aujourd’hui). Nous sommes très peu confiants sur la pos­sibilité de voir des change­ments sérieux dans le prochain budget car en octobre dernier, le ministre Martin nous appre­nait que le surplus de 1998 s’était volatilisé. Tout était allé au remboursement de la dette. Nous sommes persuadés que le gouvernement libéral de Jean Chrétien a les outils et l’argent pour corriger, du moins en partie, les situations que nous décrivons.


 

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