Le Comité Manley et l’Afghanistan
Le Groupe d’experts indépendant sur le rôle futur du Canada en Afghanistan a été mis sur pied en octobre 2007, à la demande du premier ministre Stephen Harper. Ses cinq membres siègent aux conseils d’administration de plusieurs grandes corporations canadiennes, notamment, des entreprises du secteur militaire et pétrolier. Ils représentent les élites économiques et politiques qui ont fait la promotion d’un partenariat approfondi, y compris au niveau militaire, avec les États-Unis.
John Manley a présidé le Task Force on the Future of North America, qui a recommandé, en 2005, l’union économique des États-Unis, du Canada et du Mexique. Derek Burney a fait partie du Groupe d’action des chefs de direction sur la sécurité et la prospérité nord-américaine, entre autres. Les cinq membres du Groupe d’experts Derek Burney, Pamela Wallin, Paul Tellier, Jake Epp ainsi que John Manley lui-même, sont d’abord et avant tout des experts du partenariat stratégique avec les États-Unis. Ces personnes sont donc liées au milieu d’affaires canadien, en particulier les entreprises des secteurs militaire et pétrolier, qui ont des enjeux stratégiques.
Un processus anti-démocratique
Alors qu’au Canada, la population est profondément divisée sur la question de l’intervention militaire canadienne en Afghanistan et que celle du Québec y est largement opposée, on ne peut qu’être frappé par l’absence totale de transparence et de consultation publique véritable sur un enjeu de cette importance. En tant que groupe d’experts, le Comité Manley « consulte » et fait rapport. Il n’y a aucune audience publique. Les rencontres que le comité tient avec certains organismes sont privées ; aucun média n’y est présent et ces derniers doivent s’engager à ne rien divulguer des questions ou commentaires des membres du comité sur leur présentation.
Le public a eu à peine un mois et demi (jusqu’au 1er décembre 2007) pour soumettre des propositions au comité par Internet, soumissions que l’on ne peut non plus consulter sur le site Internet du comité qui n’offre aucun contenu en dehors de son mandat et de notes sur ses membres. (Cela était vrai pendant les trois mois de son mandat, mais ça ne l’est plus maintenant. Après avoir remis son rapport, le comité a mis sur son site tous les mémoires qu’il a reçus : 181 « mémoires » d’individus, dont certains ne sont que des courriels de quelques lignes et 38 mémoires d’organismes, pour tout le Canada pendant près de deux mois.)

L’importance d’une vaste mobilisation populaire anti-guerre
Il est d’ores et déjà acquis que les propositions qui émaneront de ce groupe d’experts ne remettront pas en question le partenariat militaire du Canada avec les États-Unis, en Afghanistan. En fait, elles seront aux antipodes des positions d’une forte majorité de Québecois et Québécoises qui, selon un sondage de Léger Marketing en juin dernier, étaient en désaccord avec l’envoi des troupes de Valcartier à 70 %; demandaient le retrait des troupes canadiennes de l’Afghanistan avant 2009 à 62 %, et même immédiatement à 41 %; pensaient que l’intervention canadienne avait pour but le maintien de bonnes relations entre le Canada et les États-Unis, à 62 %.

Si nous voulons en finir avec la guerre et le militarisme, avec les atrocités, la dévastation et le gaspillage qui en résultent, il est impérieux que les citoyens et citoyennes ainsi que les organismes de la société civile expriment haut et fort leur volonté à cet égard et fassent cesser les tergiversations politiciennes. Les élections fédérales venues, nous devrons faire en sorte que le retrait des coupes canadiennes en soit un enjeu majeur.
* Cet article a été rédigé en collaboration avec le Collectif Échec à la guerre




