Pour le Québec

Neuf régions et quatorze villes du Québec ont tenu en février des Rendez-vous stratégiques sur la culture. A l’invitation de l’Institut du Nouveau monde, organisation indépendante, non partisane, vouée au renouvellement des idées et à l’animation de débats publics, quelque 850 citoyennes et citoyens ont vivement discuté de l’avenir de la culture québécoise sous l’influence, par exemple, du pluralisme religieux, des régionalismes et des réalités autochtones. Après les rencontres sur l’écono­mie au printemps 2005 et sur la santé à l’hiver 2006, la question de savoir si le Québec se dirige vers une culture commune ou s’il dessine, à l’heure des accommodements raisonnables, une mosaïque d’identités, n’a laissé ici personne indifférent.

Réunis à l’Université Bishop’s les 2 et 3 février dernier, sous la coprésidence d’honneur de Monique Nadeau-Saumier, représentante de la culture au sein de la Conférence régionale des élus, et de Robert Poupart, principal et vice-chancelier de l’institution anglophone fondée en 1843 dans les Cantons-de-l’Est, les Estriennes et Estriens ont été relativement nombreux à proposer des pistes pour faire en sorte que la culture devienne ce que l’ensemble des citoyens du Québec veut qu’elle de­vienne. Pas facile de répondre à cette commande, mais com­bien stimulant, surtout si on nourrit des rêves collectifs mobilisateurs, intergénéra­tionnels, modernes et tournés vers le futur !

Dynamique historique

Sous les éclairages de quatre panélistes chevronnés : mes­sieurs Jean-Pierre Kesteman, auteur de L’Histoire de Sherbrooke et de L’Histoire des Cantons-de-l’Est, Antoine Sirois, émi­nence grise dans l’élaboration de l’histoire culturelle dans les Cantons-de-l’Est, Claude St-Cyr, directeur de la Commis­sion scolaire de la région-de‑Sherbrooke, et Jean-Herman Guay, politologue bien connu de l’Université de Sherbrooke, nous avons eu droit à des ex­posés qui ont brossé res­pectivement la dynamique historique des Cantons-de-l’Est, l’expérience intercul­turelle dans les arts et les lettres aux 19e et 20e siècles, la politi­que culturelle de la Commis­sion scolaire de la région-de-Sherbrooke et, en définitive, les bienfaits de la dualité en région, voire au Québec. Riches d’enseignement, ces présenta­tions ont mis la table des ate­liers du lendemain, le samedi, lesquels se déclinaient en fonc­tion des réalités et des priorités de chaque région.

Les personnes participantes, issues du domaine des arts et de la musique, du milieu des affai­res et de l’immigration, du sec­teur politique et journalistique, d’organismes communautaires et culturels, du monde muni­cipal et de l’enseignement, ont priorisé en plénière quatre pro­positions qui, nous l’espérons, influenceront nos décideurs et les bien-pensants.

À la question de savoir comment faciliter l’intégration des immi­grants à la société québécoise, il a été proposé d’incorporer la dimension interculturelle du programme d’éducation inter­nationale dans les programmes réguliers, en mettant l’accent sur la mémoire collective, entre autres sur l’histoire universelle, la philosophie, la psychologie.

L’esprit et la lettre de la Loi 101

En deuxième instance, de façon à mettre en œuvre les avenues discutées, jugées du reste très complexes, il faudrait envisager de rétablir l’esprit et la lettre de la Loi 101, tant au niveau de l’affichage que de la langue de travail.

Parce que l’école constitue le lieu par excellence de transmission de la culture commune et de la mémoire collective, pourquoi ne pas développer, en troisième lieu, une politique culturelle minis­térielle commune à l’ensemble des institutions d’éducation ? Et ce, du niveau primaire au collégial ?

La création d’une politique culturelle exigeant des médias une augmentation dés contenus régionaux adaptés à différents publics, en particulier à celui des jeunes, s’est imposée comme quatrième proposition. Tant mieux, car force est d’admettre qu’elle pose aussi les jalons de la réflexion à venir autour des pra­tiques culturelles, des cultures en émergence, de la diffusion, des rapports entre créateurs et publics, de la marchandisation, de la spécificité culturelle…

Un idéal culturel

Au cœur des préoccupations actuelles de nombreux organis­mes et intervenants, le débat, on en convient, reste donc entier. Il a néanmoins le mérite de fa­voriser, déjà, l’émergence d’un idéal culturel au diapason de la démocratie, de l’immigration, de l’entendement, de la volonté, de la mutation, des politiques et des enjeux du Québec, riche d’un passé évanescent et d’un avenir aux couleurs du monde.

 

 

 

 

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