L’Amérique Latine est un énorme continent qui compte vingt pays où la majorité des hommes et des femmes sont très pauvres et aussi très croyants. Jusqu’à la fin des années ’60, l’Église catholique, surtout ses dirigeants proches des pouvoirs en place, a entretenu ces populations dans la soumission, prêchant l’acceptation des souffrances d’ici-bas comme promesse d’un au-delà meilleur. Mais la soumission n’allait avoir qu’un temps. À cette période, de plus en plus nombreux étaient ceux et celles qui crurent que, désormais, le réel développement consisterait à briser la domination des pays riches (surtout les États-Unis) sur les pays sous-développés. Et l’Église n’allait pas y échapper.
Du « Que croire » au « Que faire »
Au cours des années ’60, beaucoup de laïcs, religieux et religieuses quittent la tranquillité de leurs paroisses pour aller vivre la vie quotidienne des bidonvilles et des ceintures de misère. Ce rapprochement, particulièrement au Brésil, allait donner naissance à des milliers de communautés de base. Cette prise de contact directe avec la misère devait créer une vitalité nouvelle dans l’Église latino-américaine, orientée vers une tâche : la transformation de cette réalité de misère.
En 1968, l’épiscopat latino-américain (évêques, archevêques, etc.) se réunit à Médellin (Colombie) pour voir comment appliquer les grandes conclusions du Concile Vatican II qui vient de se terminer (1965).
Vatican II s’était penché sur des problèmes des pays du Nord, comme l’indifférence religieuse, la relation foi-science, l’athéisme. Rapidement, on constata, au Sud, que ce Concile ne répondait pas au défi foi-justice posé à l’ensemble des peuples d’Amérique latine. Les conclusions de Médellin rejoignent donc celles de cette Église née des communautés de base : la nécessité d’un changement global des structures latino-américaines avec comme exigence une transformation politique. Ainsi naît la théologie de la libération, avec comme point de départ l’engagement avec les marginalisés, en vue d’une transformation sociale, faisant basculer la notion traditionnelle de salut réduite à une dimension individualiste et spiritualiste (comment gagner mon ciel) à une notion plus concrète, plus collective : la libération. Du « que croire pour me sauver », les chrétiens et chrétiennes d’Amérique latine passent au « que faire pour nous libérer de cette misère entretenue et acceptée depuis des générations ».
Un « que faire » porté par une espérance
Pour ces hommes et ces femmes, le Règne de Dieu, annoncé des prophètes à Jésus, répond au désir qu’a l’être humain d’être libéré de tout ce qui, dans ce monde, le blesse et provoque son aliénation.
Depuis l’Ancien Testament, depuis la libération des esclaves hébreux des mains de leurs oppresseurs égyptiens, ces hommes et ces femmes savent que le règne de Dieu s’inscrit non seulement dans les cœurs, mais dans l’histoire collective. Le Royaume de Dieu n’est plus situé dans un au-delà de la vie, mais au cœur même d’un engagement quotidien, en vue de mettre fin au règne des possédants et à leurs structures inhumaines (oppression, chômage, torture, etc.).
Le Dieu-Soumission des riches, imposé à coups de matraque et de discours religieux, devient le Dieu-Libération de tous les pauvres et de tous les marginalisés, prenant en main leur histoire.


