Du Dieu-soumission au Dieu libération

1 Décembre 1986

L’Amérique Latine est un énorme continent qui compte vingt pays où la majorité des hommes et des femmes sont très pauvres et aussi très croyants. Jusqu’à la fin des années ’60, l’Église catholique, surtout ses dirigeants proches des pouvoirs en place, a entretenu ces populations dans la soumission, prêchant l’acceptation des souf­frances d’ici-bas comme pro­messe d’un au-delà meilleur. Mais la soumission n’allait avoir qu’un temps. À cette période, de plus en plus nombreux étaient ceux et celles qui crurent que, désormais, le réel développement consisterait à briser la do­mination des pays riches (surtout les États-Unis) sur les pays sous-développés. Et l’Église n’allait pas y échapper.

Du « Que croire » au « Que faire »

Au cours des années ’60, beau­coup de laïcs, religieux et reli­gieuses quittent la tranquillité de leurs paroisses pour aller vivre la vie quotidienne des bidonvilles et des ceintures de misère. Ce rap­prochement, particulièrement au Brésil, allait donner naissance à des milliers de communautés de base. Cette prise de contact directe avec la misère devait créer une vitalité nouvelle dans l’É­glise latino-américaine, orientée vers une tâche : la transformation de cette réalité de misère.

En 1968, l’épiscopat latino-américain (évêques, archevê­ques, etc.) se réunit à Médellin (Colombie) pour voir comment appliquer les grandes conclu­sions du Concile Vatican II qui vient de se terminer (1965).

Vatican II s’était penché sur des problèmes des pays du Nord, comme l’indifférence religieuse, la relation foi-science, l’athéisme. Rapidement, on constata, au Sud, que ce Concile ne répondait pas au défi foi-justice posé à l’ensemble des peuples d’Amérique latine. Les conclusions de Médellin rejoi­gnent donc celles de cette Église née des communautés de base : la nécessité d’un changement glo­bal des structures latino-américaines avec comme exi­gence une transformation politi­que. Ainsi naît la théologie de la libération, avec comme point de départ l’engagement avec les marginalisés, en vue d’une transformation sociale, faisant bascu­ler la notion traditionnelle de sa­lut réduite à une dimension indi­vidualiste et spiritualiste (comment gagner mon ciel) à une notion plus concrète, plus collec­tive : la libération. Du « que croire pour me sauver », les chrétiens et chrétiennes d’Amérique latine passent au « que faire pour nous libérer de cette misère entretenue et acceptée depuis des généra­tions ».

Un « que faire » porté par une espérance

Pour ces hommes et ces femmes, le Règne de Dieu, an­noncé des prophètes à Jésus, ré­pond au désir qu’a l’être humain d’être libéré de tout ce qui, dans ce monde, le blesse et provoque son aliénation.

Depuis l’Ancien Testament, depuis la libération des esclaves hébreux des mains de leurs op­presseurs égyptiens, ces hommes et ces femmes savent que le règne de Dieu s’inscrit non seulement dans les cœurs, mais dans l’his­toire collective. Le Royaume de Dieu n’est plus situé dans un au-delà de la vie, mais au cœur même d’un engagement quoti­dien, en vue de mettre fin au règne des possédants et à leurs structures inhumaines (oppres­sion, chômage, torture, etc.).

Le Dieu-Soumission des riches, imposé à coups de matra­que et de discours religieux, de­vient le Dieu-Libération de tous les pauvres et de tous les margi­nalisés, prenant en main leur his­toire.

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