ÉDITORIAL

10 juillet 1999

La grève des infirmières et infirmiers : la légitimité avant la légalité

À partir du moment où la Fédération des infirmières et in­firmiers du Québec (FIIQ) a choisi d’entrer en grève illé­gale, en juin dernier, il allait de soi que la balle était dans le camp du gouvernement Bouchard. Ce dernier a décidé d’adopter la ligne dure, insistant fortement sur l’illégalité de cette grève et l’épreuve de force qui s’en est suivie n’est toujours pas terminée au moment d’écrire ces lignes. Pourtant, bien qu’elle soit illégale, cette grève est pleine­ment justifiée et tout à fait légitime.

Nous savons que les gouvernements ont la responsabilité de voir à ce que l’argent des contribuables aille là où sont les priorités. Dans le cas qui nous préoccupe, une réforme du système de santé que plusieurs croyaient nécessaire à bien des égards a été entreprise. Cinq ans plus tard, force est de constater que cette réforme est un échec et qu’elle a entraîné un sous-financement et un manque d’effectifs dans le réseau, dévalorisant ainsi le travail des infirmières et infirmiers de même que celui des professionnels de la santé. Dans ces conditions, les revendications de la FIIQ sont tout à fait légitimes.

Des négociations qui n’avancent pas

Bien que le gouvernement Bouchard ne cesse de répéter que cette grève est illégale, non justifiée et que les aspects normatifs de la convention de travail sont réglés, la FIIQ a déclenché cette grève parce qu’en réalité les négocia­tions n’avançaient plus. Alors que la FIIQ présente 47 revendications, réparties en quatre points majeurs (sur­charge de travail, statut précaire, salaires insuffisants et recours abusifs aux heures supplémentaires), seulement deux de ces revendications ont été entendues et réglées : l’affichage des postes et le fardeau de la tâche. Pour le reste, c’est l’impasse totale. La FIIQ a même accepté de diminuer ses demandes salariales : après avoir revendiqué 15 % d’augmentation sur trois ans, elle a abaissé ses de­mandes à 6 % sur deux ans, le troisième restant ouvert.

Les infirmières et infirmiers du Québec bénéficient d’un large appui des autres syndicats du secteur public, de médecins et autres professionnels de la santé, du mouve­ment communautaire et surtout, d’une large part de la population.

Une loi bien spéciale…

Malgré ces faits, le gouvernement a adopté la Loi 72, pour forcer leur retour au travail. Nous pouvons nous demander si d’autres facteurs, outre l’illégalité, influencent sa décision. En effet, d’autres employés de l’État négocie­ront leur contrat de travail dès cet automne. Bouchard lance un message aux centrales syndicales : il est facile de forcer le retour au travail des employés de l’État lorsque l’on est à la fois patron et législateur. Nous ayant habitués aux décrets et aux lois spéciales, ce gouvernement semble croire qu’il s’agit là de « l’autre façon de gouverner » . Par ailleurs, en s’attaquant aux délégués syndicaux et à la FIIQ, le gouvernement y voit peut-être une façon de briser la solidarité syndicale.

Lucien Bouchard, le « gars aux conditions gagnantes », répète que les baisses d’impôt ont priorité sur les augmentations de salaire des employés de l’État. Il semble oublier que la population n’est peut-être pas prête à sacrifier le travail des infirmières et infirmiers, ni la qualité des soins de santé, au nom de principes économiques dictés par la mondialisation des marchés. La sympathie dont bénéficient les infirmières et infirmiers semble de plus en plus le confirmer. En solidarité avec les infirmières et infirmiers.

 

 

 

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