Éditorial

25 mars 2000

Les budgets gouvernementaux

« AU PLUS FORT LA POCHE »

Dans les dernières semaines, le gouvernement fédéral (budget Martin) et le gouvernement provincial (budget Landry) ont déposé leur budget respectif pour l’année 2000-2001. Comme on pouvait s’y attendre, les baisses d’impôts et un réinvestissement dans les programmes sociaux étaient à prévoir. Mais…

Baisse d’impôt = plus riche ?

Après nous avoir montré le « bonhomme sept heures » déguisé en déficit (si nous nous n’en occupions pas, le monde allait quasiment s’effondrer…), voilà que depuis quelques années, particulièrement depuis un an, les baisses d’impôts étaient, comme le printemps, devenues inévitables et incontournables. Cependant, pour être honnête, il faut calculer l’ensemble des coûts découlant des coupures des dernières années pour vraiment évaluer si ces baisses d’impôts vont nous rendre plus riches. Nous n’avons qu’à penser à la hausse des frais de scolarité, des taxes scolaires, de la baisse de la couverture dentaire, etc. En Ontario, une étude démontre que la famille moyenne ontarienne a gagné 738 $ en réduction d’impôts pro­vinciaux (le miracle Harris…) mais que cette « économie » a été annulée par des coûts supplémentaires de 766 $ en frais d’utilisation de services et autres augmentations découlant des coupures gouvernementales. Évidemment plus les personnes sont pauvres, plus l’impact est grand…

Sans être contre toute baisse d’impôt, nous évaluons que les baisses d’impôts profitent aux plus riches de la société creusant, encore une fois, l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. En 2002, par exemple, la baisse combinée de l’impôt fédéral et provincial pour un couple avec deux enfants au Québec sera théoriquement de 737 $ pour ceux gagnant 30 000 $ et de 4 561 $ pour une famille dans la même situation mais gagnant 150 000 $ !!! Les célibataires gagnant 30 000 $ paieront 816 $ de moins en 2002, tandis que le célibataire gagnant 70 000 $ en paiera 2 323 $ de moins. Ces montants ne tiennent évidemment pas compte de la possibilité de s’offrir davantage d’abris fiscaux…

Et les programmes sociaux ?

Concernant les programmes sociaux, les gouvernements semblent bien généreux. Cependant, il faut rappeler avec force que, malgré les sommes investies, les programmes sociaux (santé, éducation, aide sociale, assurance-emploi,…) n’ont toujours pas retrouvé le niveau de financement d’avant les coupures, et ce, malgré le développement rapide des besoins dans ces secteurs, particulièrement en ce qui a trait à l’augmentation du nombre de personnes âgées. De plus, les coupures effectuées continuent d’affecter l’ensemble de la population et plus spécifiquement les personnes moins fortunées : débordement dans les hôpitaux, allongement de la liste d’attente pour les soins à domicile, etc.

Pour nous, il semble de plus en plus clair que la fiscalité est le miroir de la société. En conséquence, sans justice sociale, il ne faut pas s’attendre à une justice fiscale. À nous de jouer !!!