Politique d’action communautaire de Sherbrooke
On ne se reconnaît plus…
Dans la vague de la régionalisation/localisation, les villes doivent de plus en plus s’impliquer dans le milieu communautaire. C’est ce qu’en a décidé la Ville de Sherbrooke. Par contre, on peut se questionner sur cette démarche, car la Ville ne semble pas s’orienter vers une action concertée en matière de politique d’action communautaire.
Pour rendre plus efficace son implication dans son milieu, la Ville a proposé au printemps dernier de reconnaître les activités de certains organismes sherbrookois comme complémentaires à celles de la Ville et aussi d’accréditer quelques-uns d’entre eux afin de les soutenir financièrement dans leurs réalisations. Pour être accrédité, un organisme devait répondre à 3 critères : 1) œuvrer dans un champ d’activité municipale (aménagement du territoire, environnement, habitation, loisir, sécurité et transport), 2) améliorer la qualité de vie de la collectivité et 3) agir auprès d’une des clientèles jugées prioritaires par la Ville (famille, enfants, adolescents, aînés, personnes immigrantes et personnes handicapées).
Parmi les 31 organismes qui ont fait une demande de reconnaissance et d’accréditation, 13 n’ont pas été reconnus. Plusieurs d’entre eux auraient dû l’être en raison de leur mandat et des critères dévolus par la Ville. Deux cas particuliers démontrent cette incohérence : le Regroupement des usagers du transport adapté du Sherbrooke métropolitain (RUTASM) et l’Association des locataires de Sherbrooke. Tous deux oeuvrent dans un champ d’activité municipale : le RUTASM dans le transport et l’Association des locataires dans l’habitation. De plus, les deux groupes contribuent à améliorer la qualité de vie collective par leur lutte à l’appauvrissement et leur mandat d’éducation populaire. Finalement, les deux organismes travaillent également auprès de clientèles prioritaires : le RUTASM avec les personnes handicapées et l’Association des locataires surtout avec la famille et les jeunes.
Et les groupes de défense de droits dans tout cela…
Pourquoi la candidature de ces deux groupes n’a-t-elle pas été retenue alors qu’ils répondent adéquatement aux critères de la politique communautaire de la Ville ? L’hypothèse suivante pourrait expliquer ce refus : à l’examen de la liste des organismes non reconnus, on remarque que la plupart de ces groupes font de la défense de droits, c’est-à-dire que leur intervention vise non seulement à soulager les problèmes mais aussi à dénoncer la cause de ces mêmes problèmes. C’est pourquoi, à l’occasion, ces organismes critiquent le système en place et remettent en question les actions de la Ville. Faire bouger les choses, changer pour le mieux le visage de sa ville, demeure pour ceux-ci une manière légitime d’améliorer le sort de ses citoyennes.
Il est inquiétant de constater que la Ville semble écarter de son projet d’action communautaire ces organismes qui font de la défense de droits. Voudrait-elle se donner bonne conscience quant au climat social sans subir d’évaluation critique ? Sans remise en question des principaux intervenants communautaires, il y a peu de chances qu’un changement social s’amorce à Sherbrooke…
« Je les entends dire à tous les jours :
on veut votre bien… pis on va l’avoir… »
en parlant du Fonds monétaire
international et de la Banque mondiale.
Richard Desjardins



