Encore des attaques contre les accidentés-ées du travail

18 avril 1986

Depuis 1980, les victimes d’accidents et de maladies du travail ont été durement touchées par les coupures que le gouvernement et la C.S.S.T. ont effectuées, particulièrement au niveau de la réadaptation sociale des traitements médicaux. La coupure la plus dégueulasse, et qui est d’ailleurs toujours en vigueur pour les accidentés-es de longue date, est celle qui avait pris fin en juillet 82, à l’indexation des prestations. Elle fait des accidentés-es du travail le seul groupe dans notre société à ne pas avoir droit à une indexation quel­conque de ses revenus au coût de la vie.

Mais ce n’est pas tout ! Depuis fin février, la C.S.S.T.-Estrie a décidé de s’attaquer directe­ment aux accidentés-es les plus mal en point, c’est-à-dire ceux et celles qui bénéficient du programme d’allocations de « Stabi­lisation sociale ». Ce programme s’adresse aux personnes que la C.S.S.T. elle-même reconnaît comme incapables de faire quelque travail que ce soit, et par le fait même, leur verse des alloca­tions jusqu’à 65 ans. Ce sont pourtant ces gens « finis », qui cette fois-ci, sont victimes de la guillotine.

Principalement (mais non exclusivement), ces nouvelles coupures touchent les personnes reconnues invalides par la Régie des Rentes du Québec et qui reçoivent leur rente d’invalidité qu’ils se sont payée pendant qu’ils étaient sur le marché du travail. La C.S.S.T. a tout simplement décidé d’amputer de leur allocation à long terme la rente d’invalidité de la R.R.Q. Voilà qui représente des diminutions de plusieurs centaines de dollars par mois !

Imaginez la situation d’un in­dividu, ex-travailleur dans un hô­pital de Sherbrooke, qui en 1980 faisait un bon salaire et avait une bonne sécurité d’emploi, et qui, à la demande de la C.S.S.T. a dû cesser de travailler suite à maintes aggravations au travail de ses problèmes à la colonne vertébrale. Celui-ci a accepté la proposition de la C.S.S.T., même si cela lui causait une im­portante baisse de revenus. Ré­sultat : son allocation à long terme de 627,00 $ par mois qu’il rece­vait de la C.S.S.T. est passée à 14,00 $, et son revenu total men­suel, qui avec le 479,00 $ men­suel de la Régie des Rentes s’éta­blissait à 1 106,00 $, a été dimi­nué à 493,00 $. Même si son em­ploi était devenu trop dangereux pour lui en 1980 et qu’il risquait de s’y blesser sérieusement, ce monsieur aurait-il pris la décision de quitter un emploi assuré pour un revenu voisinant les barêmes de l’aide sociale ?

Le pire dans toute cette escro­querie est que cet « effort de ratio­nalisation des dépenses » ne se pratique qu’en Estrie. Nulle part ailleurs au Québec la C.S.S.T. n’a osé s’attaquer aussi basse­ment à des gens reconnus inva­lides. Les libéraux au pouvoir vont même jusqu’à dénoncer cette « job de bras » que le direc­teur régional de la C.S.S.T., M. Jean-Charles Guindon, a entre­prise de sa propre initiative.

Bien que ces mesures semblent s’inscrire dans une nouvelle va­gue de coupures qui seront effec­tuées à la demande expresse du patronat, il apparaît clair que M. Guindon, dans son empressement à grimper rapidement les échelons à la C.S.S.T., y soit allé un peu fort dans son élan pour présenter un beau bilan fi­nancier à la fin de l’année.

La lutte qui s’engage est pri­mordiale pour les accidentés-es du travail ainsi que l’ensemble du mouvement ouvrier; si la C.S.S.T. en Estrie réussit à ap­pliquer de telles énormités, plus rien ne pourra l’empêcher de les étendre à la grandeur du Québec…

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