Monopole alimentaire à l’UdeS
Depuis maintenant deux mois, des étudiantes et étudiants de l’Université de Sherbrooke se battent concrètement contre le monopole alimentaire détenu par la multinationale Compass Group sur le campus. En effet, sa filiale Chartwells — Collèges et Universités — , a signé, il y a un an et demi, un contrat d’exclusivité de cinq ans avec l’Université, ce qui empêche tout autre individu ou toute autre compagnie de vendre ou de donner de la nourriture à l’intérieur du campus.
Des membres du Collectif pour une université libre (CUL) ont donc pris l’initiative de dénoncer ce monopole en distribuant de la nourriture chaque mercredi juste à côté du casse-croûte Chartwells de la Faculté des lettres et sciences humaines. Selon le contrat d’exclusivité, cela est illégal. « L’administration de la faculté et celle de l’Université nous ont menacé-e-s de représailles si on continuait la distribution de bouffe solidaire », explique Émilie Breton, une des membres du CUL. « Mais ça ne nous a pas empêché-e-s de continuer. » Effectivement, au moment de mettre sous presse, le Collectif avait déjà effectué sa 9e et dernière distribution de la session, et ce, sans qu’aucune menace n’ai été mise à exécution.
Ce que veulent les étudiantes et les étudiants, c’est éviter le plus possible que des entreprises privées, surtout des multinationales comme Compass Group, n’en viennent à prendre la place de la collectivité au sein de l’Université.
Les revendications
« Chartwells est bien ancrée à l’Université de Sherbrooke », fait remarqué Émilie Breton, « elle finance une partie du transport en commun, qui est gratuit pour les universitaires ; elle donne de l’argent à la Fondation Force de l’Université ; elle commandite plein de projets étudiants ; elle ales contrats alimentaires de tous les événements qui se tiennent sur le campus… » C’est le droit de choisir que revendique le Collectif pour une université libre : le droit de choisir comment se nourrir et à qui donner son argent, certes, mais surtout le droit de choisir le genre de milieu dans lequel la population étudiante vit chaque jour.
C’est d’ailleurs pourquoi l’Association générale des étudiantes et étudiants de la Faculté des lettres et sciences humaines (AGEFLESH ) a adopté, dans une assemblée générale réunissant un nombre peu habituel d’étudiantes et d’étudiants, une proposition exigeant un café étudiant coopératif dans la Faculté. « ‘L’assemblée a également adopté une proposition demandant à ce que l’association étudiante offre, en attendant la mise sur pied du café, des alternatives au monopole de Chartwells. C’est ce que fait le CUL avec les bouffes solidaires », mentionne Émile Breton. Si on en croit le nombre croissant de personnes qui se rendent à la distribution (plus d’une centaine chaque mercredi, de différentes facultés), les commerçants qui soutiennent le projet avec des dons de nourriture (Ferme Ste-Catherine, Ferme Sanders, Vergers Les jardins de pommes, La mie de la couronne) et les autres institutions scolaires qui mènent des luttes semblables (Université Laval, Université Bishop’s, Université de Calgary), l’intrusion du privé dans le système d’éducation est quelque chose qui préoccupe particulièrement les gens, du moins dans le domaine de l’alimentation.
« C’est pourquoi le Collectif pour une université libre n’entend céder à aucun chantage et promet de continuer, dès janvier, ses distributions solidaires tant et aussi longtemps qu’un café, tel que souhaité par la majorité, n’aura pas été mis sur pied », conclut Émilie Breton.



