FAITES-LE VOUS-MÊMES ! MON OEIL

15 février 1986

Avez-vous remarqué comment il était de plus en plus difficile de réparer un appareil moderne ? On croirait que les fabricants s’ingénient à rendre impossible la réparation ou même l’ajustement des pro­duits qu’on achète.

Par exemple, essayez donc de vous procurer les plans détaillés de votre voiture, d’ouvrir cer­tains « scellés à l’usine » ou en­core, de faire venir une pièce de votre vieux téléviseur. Sans être paranoïaque, le partisan du « faites-le vous-même » se rend vite compte du complot sournois dressé contre lui. Une pièce de votre automobile est difficile­ment disponible chez votre concessionnaire, à moins que la réparation soit effectuée à son ga­rage (à 25 $ ou 30 $ de l’heure). La pièce défectueuse de votre ré­cepteur stéréo a pris trois mois à se rendre, tandis que le même problème pour l’appareil d’un ami, fut arrangé par l’atelier-radio en une semaine…

On ne veut plus des répara­teurs-maison, des « hommes-à-tout-faire ». C’est plus payant de réparer que de vendre seulement un produit. L’auto est l’exemple frappant. L’emploi d’outils complexes et souvent in­trouvables, de rivets au lieu de vis, de boulons à têtes mysté­rieuses et de systèmes inacces­sibles sans un démontage complet, ne sont que quelques éléments qui parlent par eux-mêmes. On rendra sûrement illé­gales ces voitures russes avec les­quelles on fournit des outils per­mettant la réparation.

On peut associer directement le problème de ces centaines d’appareils à ressort ou en plasti­que qui se détériorent à la troi­sième ou quatrième utilisation. Le « jeter après usage » commence à prendre une am­pleur de plus en plus inquiétante. Je pense à ce fer à pyrogravure dont la porcelaine craquait sous l’effet de la chaleur; j’en ai ren­voyé deux à la compagnie, cha­que fois accompagné d’une lettre explicative, permettant d’identi­fier le problème et d’y remédier. J’ai dû chercher un autre fabri­cant, celui-ci ignorant ma re­quête. C’est quand même mysté­rieux qu’on laisse vendre des ob­jets ne résistant même pas au simple usage pour lequel ils sont destinés.

Lors de la dernière guerre mondiale, l’homme décupla des merveilles d’ingéniosité. Des ap­pareils, véhicules, armes, fiables et durables furent inventés. Tou­jours d’une simplicité étonnante, ces produits étaient presque auto­suffisants, d’une rare durabilité et jamais bien difficiles à réparer. Où est cette recherche de l’utile du « peu coûteux », ce souci de rendre les choses durables et effi­caces ?

Nous faudra-t-il une guerre pour redécouvrir le solide ? ‘À nous de choisir…

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