Avez-vous remarqué comment il était de plus en plus difficile de réparer un appareil moderne ? On croirait que les fabricants s’ingénient à rendre impossible la réparation ou même l’ajustement des produits qu’on achète.
Par exemple, essayez donc de vous procurer les plans détaillés de votre voiture, d’ouvrir certains « scellés à l’usine » ou encore, de faire venir une pièce de votre vieux téléviseur. Sans être paranoïaque, le partisan du « faites-le vous-même » se rend vite compte du complot sournois dressé contre lui. Une pièce de votre automobile est difficilement disponible chez votre concessionnaire, à moins que la réparation soit effectuée à son garage (à 25 $ ou 30 $ de l’heure). La pièce défectueuse de votre récepteur stéréo a pris trois mois à se rendre, tandis que le même problème pour l’appareil d’un ami, fut arrangé par l’atelier-radio en une semaine…
On ne veut plus des réparateurs-maison, des « hommes-à-tout-faire ». C’est plus payant de réparer que de vendre seulement un produit. L’auto est l’exemple frappant. L’emploi d’outils complexes et souvent introuvables, de rivets au lieu de vis, de boulons à têtes mystérieuses et de systèmes inaccessibles sans un démontage complet, ne sont que quelques éléments qui parlent par eux-mêmes. On rendra sûrement illégales ces voitures russes avec lesquelles on fournit des outils permettant la réparation.
On peut associer directement le problème de ces centaines d’appareils à ressort ou en plastique qui se détériorent à la troisième ou quatrième utilisation. Le « jeter après usage » commence à prendre une ampleur de plus en plus inquiétante. Je pense à ce fer à pyrogravure dont la porcelaine craquait sous l’effet de la chaleur; j’en ai renvoyé deux à la compagnie, chaque fois accompagné d’une lettre explicative, permettant d’identifier le problème et d’y remédier. J’ai dû chercher un autre fabricant, celui-ci ignorant ma requête. C’est quand même mystérieux qu’on laisse vendre des objets ne résistant même pas au simple usage pour lequel ils sont destinés.
Lors de la dernière guerre mondiale, l’homme décupla des merveilles d’ingéniosité. Des appareils, véhicules, armes, fiables et durables furent inventés. Toujours d’une simplicité étonnante, ces produits étaient presque autosuffisants, d’une rare durabilité et jamais bien difficiles à réparer. Où est cette recherche de l’utile du « peu coûteux », ce souci de rendre les choses durables et efficaces ?
Nous faudra-t-il une guerre pour redécouvrir le solide ? ‘À nous de choisir…



