Déclaration finale
C’est avec exaltation que nous annonçons à la planète que, les 7 et 8 décembre 2002, lors du premier Forum Social de la Jeunesse Estrienne, une centaine de jeunes citoyennes et citoyens de l’Estrie ont pris leurs responsabilités et ont affirmé leur désir d’être des acteurs politiques vivants. Nous avons discuté, débattu et pris des engagements.
Face à la vie politique institutionnelle somnolente du Québec contemporain, nous avions le besoin, et l’aurons toujours, de construire des espaces d’action et de discussion critique propres à la jeunesse, des espaces dans lesquels nous pouvons exposer nos espoirs et nos rêves en toute liberté.
Notre démarche est régionale, mais s’inscrit dans un contexte mondial qui nous touche directement. La marchandisation de la planète atteint des sommets de plus en plus absurdes. Le projet néolibéral déguise des guerres impérialistes en chasse aux sorcières, en croisades contre le mal, en « guerre au (narco) terrorisme ».
Nous dénonçons ce modèle irresponsable qui menace la vie. Nous nous opposons décidément à l’arrogance mercantile avec laquelle les « adultes » prétendent diriger la planète, ses ressources, ses peuples et ses rêves. Par conséquent, nous dénonçons le projet de recolonisation des Amériques par les États-Unis à travers la ZLÉA, la militarisation et les pressions des institutions financières internationales (FMI, BM, OCDE, OMC).
Nous contestons ce système qui favorise le discours économique par rapport au discours politique, encourageant la concentration du pouvoir dans les mains des transnationales au détriment de la souveraineté des peuples.
Nous nous opposons à la répression et à la manipulation médiatique au sein des États canadiens et québécois (arrestations massives, lois « anti-terroristes », discours unique, etc.)
Nous refusons un enseignement soumis aux lois du marché chargé de reproduire le système capitaliste (financement privé, ingérence des entreprises dans le contenu des cours, contrats de performance…). Nous voulons plutôt une éducation axée vers l’épanouissement d’êtres humains critiques et transformateurs et non pas seulement vers la formation d’une main-d’œuvre.
Notre système de santé, comme celui de l’éducation, doit rester complètement public et égal d’accès pour tous et toutes. Il est louche et pervers de penser que l’on puisse faire de l’argent avec la maladie et le malheur des gens.
Nous résistons à la culture triomphante du spectacle, qui fait de la (sur)consommation de produits culturels l’unique interaction possible avec l’art, qui laisse la porte ouverte à l’invasion culturelle états-unienne et qui tend à uniformiser nos valeurs autour de l’idéologie néo-libérale.
Nous soulignons l’incapacité du libre marché à gérer efficacement les ressources de la planète. La spéculation n’est pas un moyen rationnel de faire face à l’urgence de la question environnementale.
Nous ne voulons plus d’un mode de vie centré sur le gaspillage de produits de consommation à usage unique, cette culture est non seulement néfaste écologiquement (multiplication des dépotoirs, pollution des écosystèmes…) mais aussi socialement (mépris de l’être et sur valorisation de l’ avoir).
Nous revendiquons le droit de bâtir un autre monde et croyons qu’il est impératif de nous organiser pour jouer notre rôle. Nous PROPOSONS D’UNIR les différentes expressions de lutte face au système et de construire une coalition régionale visant à renforcer le réseau déjà existant aux plans national et international.
Il est important de multiplier les théâtres d’intervention, de réflexion et de participation citoyenne et de promouvoir l’utilisation de tous les moyens d’expression populaire (médias alternatifs, troupe de théâtre d’intervention, moyens audiovisuels, etc.).
Nous croyons que l’éducation est en soi un moyen de changement social et politique. Ainsi, plusieurs projets d’éducation populaire seront mis sur pied (campagne de sensibilisation, ateliers thématiques dans les écoles, éducation par les arts).
Nous voulons une démocratie davantage participative, avec des mécanismes de « consultations délibérantes », par exemple, et un mode de scrutin proportionnel (mixte ou autre).
Nous chérissons également l’idée de prendre collectivement en charge l’économie en priorisant des modes alternatifs d’organisation (coopératives, collectifs, comités régionaux…).
Il nous faut occuper notre espace, hisser nos idéaux tout en haut de nos rêves, élever nos voix : Nous nous soulevons contres les moulins de l’économie triomphante. Nous assumons la responsabilité d’être vivant. Nous prévoyons la chute du géant et proclamons qu’un autre monde est possible, urgent et nécessaire !




