Les 31 janvier et ter février 2003, des représentants d’États d’Europe et des États-Unis se sont réunis à huit dos à Ottawa avec des diplomates et ministres canadiens. Cette réunion, « l’Initiative d’Ottawa sur Haïti », a été organisée par nul autre que k ministre Denis Paradis, et avait pour but de planifier un coup d’État en Haïti pour 2004. Dans L’Actualité du 15 mars 2003, Denis Paradis a déclaré que le régime du président Aristide devait être renversé, et ce, avant les élections haïtiennes de 2005.
Le 29 février 2004, alors que le peuple haïtien s’apprêtait à fêter les 200 ans de la libération d’Haïti, le gouvernement a été renversé. Après qu’un groupe armé, mené par Guy Philippe (militaire formé par l’armée américaine), eut créé le désordre avec une violente rébellion, Aristide fut forcé à l’exil par une troupe de Marines et un représentant américain. Après son départ, les choses n’ont fait qu’empirer. Un conglomérat de patrons et de certains ONG (Organismes non gouvernementaux), appelé Groupe des 184, qui avaient contribué au coup d’État, nommèrent Gérard Latortue président « intérimaire » d’Haïti afin qu’il restructure le gouvernement, et cela, sans aucun appui populaire.
Dans les semaines qui ont suivi, une nouvelle police est apparue, faite d’anciens membres de la Force Armée Haïtienne (FAH) du dictateur Raoul Cédras, libérés de prison et récupérés par Guy Philippe. Cela s’est produit malgré que la FAH avait été légalement démantelée par Aristide pour ses boucheries. Puis, ce fut la GRC et l’armée canadienne qui arrivèrent et supportèrent les opérations de répression civile de cette « nouvelle FAH », sous le couvert de la mission de paix de l’ONU. Les forces de l’ONU sont faites en majeure partie de militaires brésiliens formés par la CIA pour des opérations semblables en Amérique Centrale.
Plusieurs membres du parti d’Aristide, dont nul autre que le premier ministre démocratiquement élu Yvon Neptune, sont emprisonnés sans aucun procès depuis mars 2004 par l’actuel régime. Annette « So Ann » Auguste », chanteuse folklorique de 70 ans, elle aussi emprisonnée depuis le 10 mai 2004 a écrit : « J’ai entendu que l’ONU travaille de concert avec ces forces policières meurtrières, au bénéfice de l’élite ultra riche et corrompue de notre pays, pour justifier le meurtre des pauvres des quartiers populaires qui réclament encore le retour du président Aristide. On me dit que des maisons sont incendiées, que des gens sont tués et que l’ONU montre son vrai visage dans les endroits comme Bel Air et Cité Soleil. »
Victimes civiles
Selon Amnistie Internationale et le rapport Griffai de l’Université de Miami, des raids sanglants ont été faits conjointement par les forces de l’ONU et la police haïtienne depuis février 2004 dans plusieurs bidonvilles du pays. Un des pires massacres de 2005 a eu lieu le 6 juillet au matin, dans Cité Soleil, où 350 soldats des forces de l’ONU ont tué 26 personnes non-armées. Le 17 juin à Bel Air, dix civils, dont une adolescente de 17 ans, furent tués. Maintenant, c’est par milliers que se comptent les victimes de cette mission de paix et, durant chaque manifestation populaire pour le retour de la démocratie, les autorités tuent des civils. Est-ce la façon de l’ONU de lutter pour la paix et la démocratie et contre le banditisme ?
Le Canada et l’ONU
Selon le livre Canada in Haïti 1, les raisons de l’occupation du Canada en Haïti seraient basées avant tout sur l’exploitation du travail des ouvriers — du textile, principalement — avec une économie déréglementée et une possibilité d’évasion fiscale pour les industriels. Aristide a dit dans une récente entrevue que la raison première de l’occupation en Haïti était de tout privatiser, ce qu’indique le Cadre de Coopération Intérimaire (CCI Haïti) de la Banque Mondiale en Haïti. Et tout cela pour quelques millions de plus dans les poches d’une poignée de millionnaires ! Il est à se demander si la situation en Haïti ne pourrait simplement pas s’améliorer si le Canada, au moins, cessait d’y jouer les faux sauveurs de l’humanité…
Pour infos : Rapport Griffin
- ENGLER, Yves et FENTON, Anthony. « Canada in Haïti : Waging War on the Poor Majority, RED/
Femwood, 2005



