ROSÉLIE THIBAUDIN, LA DERNIÈRE DES NOMBREUSES HÉROÏNES imaginées par Maryse Condé, est guadeloupéenne et mariée à un Blanc, à l’instar de l’écrivaine. Elle pourrait être qualifiée, tout comme l’auteure d’Histoire de la femme cannibale, de « citoyenne du monde » qui, de la Guadeloupe à l’Afrique du Sud, en passant par la France et New York, va où bon lui semble. Est-ce en raison de ces ressemblances entre le personnage et sa créatrice que la narration alterne entre le « elle » et le « je » ? Le procédé peut déconcerter au début, mais ne nuit en rien à la fluidité du récit.
Donc Rosélie, après quelques unions décevantes, coule un bonheur paisible avec Stephen, professeur de littérature à l’Université du Cap. Ce bonheur, il est vrai, est quelque peu entaché par le racisme qui continue de se manifester plus ou moins sournoisement en Afrique du Sud. Une tragédie frappe cependant l’héroïne de plein fouet : I ‘assassinat de Stephen après 20 années de vie commune. Désormais seule dans un pays où lui est rappelée continûment sa double condition d’exilée et de Noire, Rosélie devra s’armer ferme pour faire sa place.
Ce parcours difficile, Maryse Condé le relate au moyen d’une écriture qui ne ménage ni les audaces ni les effets et qui emprunte un cynisme lucide pour traiter de thèmes universels, comme l’ identité, l’exil et les racines. En notre époque où le nomadisme n’est plus seulement le fait des exilés obligés, ces racines peuvent se trouver fort loin de la terre natale. Elles sont là où l’individu décide de les dessiner, démontre ultimement l’écrivaine.
CONDÉ, Maryse. Histoire de la femme cannibale, Éd. Mercure de France, Paris, 2003, 320 p. Source : Gazette des femmes, juillet-août 2003, Vol. 25, n° 2




