Islam : La charia pour les Irakiennes ?

1 février 2004

Qu’ elle est disparate, la communauté du Prophète ! Ce qui est sert au Maghreb peut être au même moment dénoncé au Machrek. Ainsi, en ce début de 2004, à Rabat, le commandeur des croyants, le jeune roi Mohammed VI, vient de voir adopter par le Parlement sa courageuse réforme de la Moudawana, ce Code ultra-conservateur de la famille qui imposait aux Marocaines un statut d’assistées. Mais, à Bagdad, dans le même temps, les droits qu’avaient acquis les Irakiennes, depuis une quarantaine d’années, sont brutalement remis en question par la très réelle menace d’un retour à la charia (loi islamique) dans ce pays « libéré » par l’armée américaine. Effarées par cette perspective, des milliers de femmes kurdes manifestaient, voilà quelques jours, à Souleimanich, dans le nord de l’Irak, contre l’abrogation du Code de la famille de 1959, que vient de décider subrepticement le Conseil de gouvernement transitoire. Une institution où siège l’influent Abd al-Aziz al-Hakim, chef du parti chiite CSRII (Conseil suprême de la révolution islamique en Irak). « Cette décision viole non seulement les droits des femmes d’Irak et du Kurdistan, mais aussi les conventions internationales ! » s’indigne Takhchane Zangala, présidente de la Ligue des femmes du Kurdistan. L’abrogation du Code de la famille, l’un des plus avancés des pays musulmans, constitue une catastrophe, car elle permet de rétablir, dans l’Irak de l’après-Saddam – où la présence américaine ne sera pas éternelle – les tribunaux religieux. Grâce à ce code, né au lendemain de la proclamation de la république, les Irakiennes avaient le droit de divorcer, étaient protégées de la répudiation et de la polygamie, ou encore pouvaient bénéficier d’un long congé de maternité. Certes, la décision du Conseil de gouvernement d’abroger le Code de 1959 ne pourra entrer en vigueur qu’avec l’accorde formel de l’administrateur en chef américain Paul Bremer. Mais à l’heure où, déjà accaparé par d’insolubles problèmes de sécurité, celui-ci cherche désespéré­ment à se concilier les leaders chiites d’Irak pour y organiser des élections, nombre de femmes, à Bagdad, Bassora ou Souleimaneih, se demandent, avec raison, si leurs fragiles avantages acquis vont peser lourd dans la balance…

Source : Alain Louyot, L’Express, 2 février 2004, p. 30

 

 

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