La charia à travers le monde

1 février 2003

Presque tous les pays musulmans s’inspirent de la « loi islamique». Les plus radicaux – le Nigeria, mais aussi l’Arabie saoudite et l’Iran – ne lésinent pas sur les moyens.

Le Nigeria sera-t-il le pre­mier pays d’Afrique sub­saharienne à mettre en appli­cation une sentence décou­lant de la charia ? On peut aujourd’hui le penser : le 29 août, Ahmadu Ibrahim et Fatima Usma, un homme et une femme accusés de rela­tions extraconjugales, ont été condamnés à la peine capi­tale par lapidation. Dix jours plus tôt, Amina Lawal, une jeune femme célibataire, re­connue coupable d’adultère, avait également été condam­née à périr sous les jets de pierres. Et si, dans la confé­dération nigériane, le prési­dent dispose du pouvoir constitutionnel de s’opposer au verdict, le bras de fer est dorénavant engagé entre les États à majorité musulmane du Nord qui, à partir de 1999, ont réintroduit la loi islami­que, et le gouvernement central d’Abuja.

Qu’est-ce que la charia ?

La charia est censée régir, à elle seule, l’existence sur terre des musulmans. Elle fournit, sur la base du Coran et de la Sunna (tradition du Prophète), des réponses aux problèmes juridiques qui peu­vent naître au sein de la communauté religieuse. […] Le message divin de la charia, exclusif puisqu’il s’oppose à toute loi conçue par l’homme, est en quelque sorte la Constitution idéale de la oumma (communauté des croyants), dont le préam­bule ne serait autre que l’obligation de se plier aux cinq piliers de l’islam : la profession de foi, la prière, le jeûne du ramadan, le pèleri­nage à La Mecque et l’aumône.

[…] Du Maroc à l’Indoné­sie, presque tous les pays musulmans (à quelques nota­bles exceptions près comme la Turquie ou la Tunisie) intègrent, selon des « doses» plus ou moins fortes, des éléments de la charia à des Constitutions souvent héri­tées de leurs anciens coloni­sateurs. Dans la pratique, ces lois d’inspiration religieuses codifient, en premier lieu, la vie personnelle des citoyens musulmans. Polygamie et répudiation, aujourd’hui en­core autorisées dans une majorité de pays musulmans, découlent de la charia. Cette dernière permet de résoudre les problèmes familiaux tels que l’héritage ou le divorce. Ce sont, ensuite, les affaires d’ordre moral qui sont, bien souvent, réglées par des cours islamiques : celles-ci punissent les comportements « antireligieux» comme la consommation d’alcool.

Comment l’applique-t-on ?

Pourtant, si le monde musulman a encore souvent recours à des lois islamiques, leur application est, dans la pratique, loin d’être uni­forme. Quelques pays ont érigé la charia comme code législatif suprême et exclusif. Les plus « radicaux» d’entre eux, comme l’Arabie saoudite et l’Iran, même s’ils n’attei­gnent pas le degré d’intransi­geance – et d’excès – de l’Afghanistan des talibans, ne lésinent pas sur les moyens. C’est dans ces deux pays que l’on rencontre les verdicts les plus cruels. Tandis que Riyad prononce, chaque année, des peines d’amputation (pour les vo­leurs), voire de décapitation (pour les assassins), Téhéran a plus souvent recours à la flagellation ou à la lapidation (pour les « crimes» de nature sexuelle). […]

[…] Un récent sondage mené en Indonésie par le Centre d’Études islamique communautaire, a révélé que plus de 61 % des Indoné­siens, pourtant adeptes d’un islam « modéré» seraient favorables à une application plus étendue de la charia dans leur pays, à condition, toute­fois, précise l’étude, que celle-ci n’inclut pas de pei­nes aussi radicales que l’am­putation ou la lapidation. Début août, plus de cinq mille sympathisants – dont une grande partie de femmes – ont défilé dans les rues de Djakarta afin de demander l’intégration dans le code pénal de la loi islamique tra­ditionnelle. […] Dans un uni­vers de misère grandissante, de corruption et de crimina­lité en hausse, la charia paraît la seule autorité capable de rétablir un semblant d’ordre social. Face à l’absence de perspective de développe­ment et de progrès, c’est elle qui, pour nombre de laissés-pour-compte, symbolise le mieux la justice sociale.

Source : ZEMMOURI, Tariq. « La charia à travers le monde», J.A. / L’Intelligent – du 9 au 15 septembre 2002

 

 

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