Pas toujours facile
Qui d’entre nous n’a pas été étonné, en allant dans l’Ouest canadien ou dans les Maritimes, de voir les automobiles s’arrêter pour laisser traverser un piéton. Dans ces régions, on semble faire preuve d’une grande courtoisie à l’endroit de ceux qui se déplacent à l’aide de leurs deux jambes. En est-il de même au Québec, et ici, dans notre belle ville de Sherbrooke ? Pas si sûr…
La réglementation du Code de la sécurité routière est très claire à ce sujet : les passages pour piétons constituent une zone de priorité pour ces derniers et les automobilistes doivent s’y arrêter si un piéton désire y traverser. De même qu’à un feu de circulation, l’on devrait laisser traverser un piéton lorsque le feu est au vert. En revanche, les piétons se doivent de respecter ces zones lorsqu’ils veulent traverser une rue. Quiconque ne se conforme pas à ses règles très simples, est passible d’une amende.
En haut de la côte
Au terme d’un après-midi d’observation au centre-ville sur les allées et venues des automobilistes et des piétons, force est de constater que le service de police pourrait y trouver une source de revenus plus qu’intéressante s’il se décidait à faire appliquer à la lettre cette réglementation. En effet, bien peu d’usagers de la route respectent cette règle pourtant bien simple. Des exemples ? Ils sont nombreux et on n’en finit plus de les compter. En voici quelques-uns d’assez éloquents…
En haut de la côte King, près du célèbre monument, on retrouve deux passages piétonniers, l’un en face de la rue Gillespie et l’autre, en face du Centre St-Michel.
Bien courageux est celui qui s’y aventure sans avoir vérifié qu’aucun véhicule n’arrive à toute vitesse. Car, en plus de ne pas s’arrêter, les automobilistes, nombreux dans ce secteur, roulent très vite.
À l’heure de pointe, il faut carrément être audacieux ou très patient pour emprunter ces passages car l’attente peut être facilement de quatre à cinq minutes avant que quelqu’un daigne nous laisser passer. Deux solutions s’offrent à la gent piétonnière : les moins peureux tenteront de stopper la circulation malgré elle… en empruntant le passage sans trop regarder. Des bruits de freinage abrupt, des coups de klaxon rageurs et des engueulades bien senties pourront se faire entendre. L’autre solution est de traverser aux feux de circulation avec passage pour piétons.
Mais encore là, rien n’est gagné pour le pauvre piéton car ce ne sont pas tous les automobilistes qui respectent la signalisation. Le précieux bonhomme blanc, qui devrait permettre de traverser une rue en toute sécurité, a bien peu de poids devant un automobiliste pressé… À quelques reprises, des Piétons se sont faits couper le chemin alors que le bonhomme était allumé et la flèche verte pour tourner à droite ne l’était pas.
Sur la rue Wellingon Nord, le spectacle est moins pénible. Bon nombre d’automobilistes respectent les passages piétonniers érigés à plusieurs endroits et roulent moins vite devant l’impatience des piétons. La circulation est plus lente et ces derniers sont plus enclins à céder le passage. C’est donc une légère revanche pour les piétons.
Frustration
Cette observation sommaire des antagonistes routiers de notre ère moderne fait voir que les automobilistes ne sont pas les seuls à blâmer dans cette tragi-comédie quotidienne. En effet, des dizaines de personnes empruntent les rues n’importe où et n’importe comment. Une dame a même failli provoquer un accident en agissant de la sorte : résigné à la laisser passer, il s’en est fallu de peu pour qu’un automobiliste, à son tour, se fasse emboutir par un camion. Inutile de vous dire que la dame en question a eu très peur et qu’elle s’est empressée de disparaître.
Mais le meilleur moment de l’après-midi fut sûrement celui où un piéton exprima sa frustration d’avoir eu du mal à traverser la rue King Ouest alors qu’il n’était pas à un passage réglementaire. Une fois arrivé à la hauteur de la rue Cathédrale, il actionna un passage pour piétons et poursuivit son chemin. Imaginez la frustration des automobilistes obligés de s’arrêter à un feu rouge, sans raison apparente, sans piéton en vue !
Ces conduites observées durant un seul après-midi, démontrent bien que les automobilistes, tout comme les piétons, devront fournir encore de gros efforts pour réussir à partager harmonieusement la route, les premiers ne cédant pas le passage et les seconds, les ignorant en traversant où bon leur semble.
Cette situation reflète bien les comportements empruntés par la majorité des usagers de la route. Bien que certains se conforment à la loi, ils sont encore trop rares. Mais si chacun faisait sa part et respectait la réglementation, il serait peut-être beaucoup plus agréable de circuler au centre-ville de Sherbrooke, en voiture ou à pied, en bons bipèdes que nous sommes.

