La cohabitation des piétons et des automobilistes

18 septembre 1999

Pas toujours facile

Qui d’entre nous n’a pas été étonné, en allant dans l’Ouest canadien ou dans les Maritimes, de voir les automobiles s’arrêter pour laisser traverser un pié­ton. Dans ces régions, on semble faire preuve d’une grande courtoisie à l’en­droit de ceux qui se déplacent à l’aide de leurs deux jambes. En est-il de même au Québec, et ici, dans notre belle ville de Sherbrooke ? Pas si sûr…

La réglementation du Code de la sécurité routière est très claire à ce sujet : les passages pour piétons cons­tituent une zone de priorité pour ces derniers et les auto­mobilistes doivent s’y arrê­ter si un piéton désire y tra­verser. De même qu’à un feu de circulation, l’on de­vrait laisser traverser un pié­ton lorsque le feu est au vert. En revanche, les piétons se doivent de respecter ces zo­nes lorsqu’ils veulent tra­verser une rue. Quiconque ne se conforme pas à ses règles très simples, est passible d’une amende.

En haut de la côte

Au terme d’un après-midi d’observation au centre-ville sur les allées et venues des automobilistes et des piétons, force est de consta­ter que le service de police pourrait y trouver une source de revenus plus qu’intéres­sante s’il se décidait à faire appliquer à la lettre cette réglementation. En effet, bien peu d’usagers de la route respectent cette règle pourtant bien simple. Des exemples ? Ils sont nom­breux et on n’en finit plus de les compter. En voici quel­ques-uns d’assez éloquents…

En haut de la côte King, près du célèbre monument, on retrouve deux passages pié­tonniers, l’un en face de la rue Gillespie et l’autre, en face du Centre St-Michel.

Bien courageux est celui qui s’y aventure sans avoir véri­fié qu’aucun véhicule n’ar­rive à toute vitesse. Car, en plus de ne pas s’arrêter, les automobilistes, nombreux dans ce secteur, roulent très vite.

À l’heure de pointe, il faut carrément être audacieux ou très patient pour emprunter ces passages car l’attente peut être facilement de qua­tre à cinq minutes avant que quelqu’un daigne nous laisser passer. Deux solutions s’offrent à la gent piéton­nière : les moins peureux tenteront de stopper la circulation malgré elle… en empruntant le passage sans trop regarder. Des bruits de freinage abrupt, des coups de klaxon rageurs et des en­gueulades bien senties pour­ront se faire entendre. L’au­tre solution est de traverser aux feux de circulation avec passage pour piétons.

Mais encore là, rien n’est gagné pour le pauvre piéton car ce ne sont pas tous les automobilistes qui respec­tent la signalisation. Le pré­cieux bonhomme blanc, qui devrait permettre de traver­ser une rue en toute sécu­rité, a bien peu de poids de­vant un automobiliste pres­sé… À quelques reprises, des Piétons se sont faits couper le chemin alors que le bonhomme était allumé et la flèche verte pour tourner à droite ne l’était pas.

Sur la rue Wellingon Nord, le spectacle est moins péni­ble. Bon nombre d’automobilistes respectent les passa­ges piétonniers érigés à plu­sieurs endroits et roulent moins vite devant l’impa­tience des piétons. La circu­lation est plus lente et ces derniers sont plus enclins à céder le passage. C’est donc une légère revanche pour les piétons.

Frustration

Cette observation sommaire des antagonistes routiers de notre ère moderne fait voir que les automobilistes ne sont pas les seuls à blâmer dans cette tragi-comédie quotidienne. En effet, des dizaines de personnes em­pruntent les rues n’importe où et n’importe comment. Une dame a même failli provoquer un accident en agissant de la sorte : résigné à la laisser passer, il s’en est fallu de peu pour qu’un automobiliste, à son tour, se fasse emboutir par un ca­mion. Inutile de vous dire que la dame en question a eu très peur et qu’elle s’est empressée de disparaître.

Mais le meilleur moment de l’après-midi fut sûrement celui où un piéton exprima sa frustration d’avoir eu du mal à traverser la rue King Ouest alors qu’il n’était pas à un passage réglementaire. Une fois arrivé à la hauteur de la rue Cathédrale, il ac­tionna un passage pour pié­tons et poursuivit son chemin. Imaginez la frustration des automobilistes obligés de s’arrêter à un feu rouge, sans raison apparente, sans piéton en vue !

Ces conduites observées du­rant un seul après-midi, dé­montrent bien que les auto­mobilistes, tout comme les piétons, devront fournir en­core de gros efforts pour réussir à partager harmo­nieusement la route, les pre­miers ne cédant pas le pas­sage et les seconds, les igno­rant en traversant où bon leur semble.

Cette situation reflète bien les comportements emprun­tés par la majorité des usa­gers de la route. Bien que certains se conforment à la loi, ils sont encore trop ra­res. Mais si chacun faisait sa part et respectait la régle­mentation, il serait peut-être beaucoup plus agréable de circuler au centre-ville de Sherbrooke, en voiture ou à pied, en bons bipèdes que nous sommes.