Elles logent près de nous : à la prison provinciale de Tanguay (à Montréal) ou d’Orsainville (à Québec), ou encore à la prison fédérale de Joliette. Pourtant, on ne sait rien des femmes criminalisées. Heureusement, un nouvel organisme se consacre à les comprendre et à les aider. Car les détenues purgent des peines trop sévères, et trop peu est fait pour les soutenir à leur sortie de prison, jugent les chercheuses de collectif La Corriveau.
Né il y a tout juste un an, le collectif défend la cause des détenues qui représentent 5 % de la population carcérale canadienne. Le nom de cet organisme, constitué d’une cinquantaine d’intervenantes et de chercheuses francophones, n’a rien d’anodin. […] « la Corriveau a été condamnée au gibet parce qu’on la soupçonnait du meurtre d’un mari qui la battait. Pour s’assurer de leur autorité sur une population tout juste conquise, les autorités britanniques ont suspendu son cadavre dans une cage ».
Selon le collectif, les femmes criminalisées sont souvent des marginales, et c’est en grande partie cette condition qui les incite à passer à l’acte. Une écrasante proportion de détenues (80 %) ont connu la violence physique ou sexuelle. Elles sont également nombreuses à diriger une famille monoparentale (60 % des détenues sont mères et, parmi elles, 70 % élèvent seules leur enfant) ou à s’identifier comme autochtones (25 %). Or, le système judiciaire pénalise les femmes incarcérées en ne prenant en compte ni leur histoire familiale ni leurs besoins.
Pour l’heure, les membres de La Corriveau travaillent principalement sur deux questions qui soulèvent leur ire et leur inquiétude. D’abord, elles veulent que les Services correctionnels cessent de prendre eux-mêmes en charge les problèmes de santé mentale des femmes. […] Ensuite, les membres du collectif veulent abolir la politique d’« équité » entre les sexes voulant que les femmes reconnues coupables de meurtre purgent les deux premières années de leur peine dans une unité à sécurité maximale, peu importe la violence conjugale ou les mauvais traitements dont elles ont été l’objet. « Autant chez les hommes que chez les femmes criminalisés, il faut tenir compte du contexte de vie et des circonstances entourant l’homicide pour juger de la sévérité de la peine », tient à préciser Sylvie Frigon, professeure en criminologie à l’Université d’Ottawa et également fondatrice de La Corriveau.
Source : LAPOINTE, Anne-Marie. Quoi de neuf, page 7, La Gazette des femmes, mars-avril 2004, Vol 25, n° 6




