La Corriveau pour aider les détenues

1 février 2004

Elles logent près de nous : à la prison provinciale de Tanguay (à Montréal) ou d’Orsainville (à Québec), ou encore à la prison fédérale de Joliette. Pourtant, on ne sait rien des femmes criminalisées. Heureusement, un nouvel organisme se consacre à les comprendre et à les aider. Car les détenues purgent des peines trop sévères, et trop peu est fait pour les soute­nir à leur sortie de prison, jugent les chercheuses de collectif La Corriveau.

Né il y a tout juste un an, le collectif défend la cause des détenues qui représentent 5 % de la population carcérale canadienne. Le nom de cet organisme, constitué d’une cinquantaine d’intervenantes et de chercheuses francopho­nes, n’a rien d’anodin. […] « la Corriveau a été condamnée au gibet parce qu’on la soupçon­nait du meurtre d’un mari qui la battait. Pour s’assurer de leur autorité sur une population tout juste conquise, les autorités britanniques ont suspendu son cadavre dans une cage ».

Selon le collectif, les femmes criminalisées sont souvent des marginales, et c’est en grande partie cette condition qui les incite à passer à l’acte. Une écrasante proportion de déte­nues (80 %) ont connu la vio­lence physique ou sexuelle. Elles sont également nombreu­ses à diriger une famille mono­parentale (60 % des détenues sont mères et, parmi elles, 70 % élèvent seules leur enfant) ou à s’identifier comme autochto­nes (25 %). Or, le système judi­ciaire pénalise les femmes incarcérées en ne prenant en compte ni leur histoire familiale ni leurs besoins.

Pour l’heure, les membres de La Corriveau travaillent principalement sur deux ques­tions qui soulèvent leur ire et leur inquiétude. D’abord, elles veulent que les Services cor­rectionnels cessent de prendre eux-mêmes en charge les pro­blèmes de santé mentale des femmes. […] Ensuite, les membres du collectif veulent abolir la politique d’« équité » entre les sexes voulant que les femmes reconnues coupables de meurtre purgent les deux premières années de leur peine dans une unité à sécurité maximale, peu importe la vio­lence conjugale ou les mauvais traitements dont elles ont été l’objet. « Autant chez les hommes que chez les femmes criminalisés, il faut tenir compte du contexte de vie et des cir­constances entourant l’homi­cide pour juger de la sévérité de la peine », tient à préciser Sylvie Frigon, professeure en criminologie à l’Université d’Ottawa et également fonda­trice de La Corriveau.

Source : LAPOINTE, Anne-Marie. Quoi de neuf, page 7, La Gazette des femmes, mars-avril 2004, Vol 25, n° 6

 

 

 

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