La femme qui attendait

1 septembre 2004

Le romancier d’origine russe nous fait revivre une Russie soviétique et provinciale où les premiers airs de fin d’Empire commencent à se faire entendre.

Andreï Makine est né en Union soviétique sous le régime stali­nien. Il a grandi dans cet univers rigide pris entre le passé de la grande Russie et l’Occident inaccessible. […] Après la chute de l’Union soviétique, Andreï Makine n’hésitera pas longtemps à partir s’installer en France, à Paris. {…I Ses romans sont tous de francs succès.

Avec La femme qui attendait, Andreï Makine nous livre une fois de plus un roman où les mots et les phrases s’enchaî­nent élégamment, coulent de source mais ne se ressemblent jamais. À travers les infinies possibilités qu’offre la langue française, le romancier nous raconte une fois de plus et pour notre plus grand bonheur l’Union soviétique de sa jeu­nesse qui n’a jamais vraiment cessé d’être russe. C’est aussi l’empire au féminin qui est conté. « C’est surtout un roman sur l’énigme de la féminité » résume l’auteur, qui ajoute perplexe : « Est-ce que l’homme peut le comprendre ? »

Un personnage qui attendait l’auteur

Dans ce très beau roman, Makine a décidé de faire revivre un personnage qui existait déjà dans un de ses premiers livres : « Elle m’a attendu 10 ans, dans ma tête, elle m’attendait… un si grand destin… » Cette femme, c’est Eva. Elle vit dans une bourgade boueuse, reculée et isolée du nord du pays, parmi un tas de vieilles femmes dont elle prend soin. Tous les jours,. à l’image de tant d’autres femmes de sa génération, elle attend, en vain, le retour de son amoureux parti à la guerre et mort au combat comme des millions d’autres, laissant ainsi un pays avec un trop plein de jeunes veuves vieillissantes, sans mari sans enfant.

Et le romancier de laisser tomber : « De fil en aiguille, avec le choix cruel de la vie, il n’y a plus de choix. » Ici l’his­toire de la femme qui attend et celle de l’Union soviétique se confondent. L’histoire se dé­roule en ces années qui précèdent la fin. « C’est la fin de l’Empire, c’est un temps très intéressant. Il y a quelque cho­se, une logique qui s’épuise. »

Aujourd’hui, le communisme effondré, emporté par la chute de l’Empire soviétique, Makine regarde passer l’histoire en se disant que le communisme exprimait de façon plus classi­que ce que les altermondialistes disent aujourd’hui. Seulement, le communisme était coupé de toute transcendance. L’alter­mondialisme saura-t-il éviter cet écueil ? Andreï Makine semble en douter car, dit-il, si s’assurer que tous aient du pain est certes une bonne chose, ce n’est cependant pas suffisant. Il faut se demander : « Est-ce que ça rend les gens heureux » ? S’il y a une révolution à faire, c’est bien celle-là.

Nul doute, pour le romancier, si le bonheur n’est pas dans le pré, il est dans la spiritualité. « Avec cette folie capitaliste, moi je pressens qu’il y aura un retour à cette spiritualité qui a animé les Russes. je crois beau­coup à la poésie, à la philoso­phie. » Car pour Makine, la spiritualité, ce n’est pas la reli­gion. « La religion peut arriver à des choses effroyables. Et on en est proche finalement. » Dans La femme qui attendait, le personnage d’Eva, celle qui attend, incarne cette spiritua­lité dont parle l’auteur.

De l’auteur russe Andreï Makine. La femme qui attendait, Éditions Seuil, 2004, 214 pages

Source : Alternatives, Vol. 10 No. 7 avril 2004, France-Isabelle Langlois

 

 

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