La vie des bêtes ou
Les profits des banques dépassent toute mesure et sont autant d’affronts au bon sens, au travail du monde ordinaire et à tout projet d’une société faisant passer les gens avant les profits. Boulimiques compulsives, les banques en veulent plus, et encore plus : elle veulent tout. Insatiables, elles nous mangeront, mais c’est nous qui auront en mal au cœur.
Les banques ferment des succursales, coupent les services, informatisent les guichets, imposent de plus en plus de frais de services, refusent de prendre l’argent du pauvre monde. Mais ce n’est pas assez. Elles projettent de se fusionner pour former un oligopole, soit un monopole à quelques joueurs. N’est-ce pas étonnant de voir ces grandes compagnies tout faire pour réduire la concurrence, supposé principe fondateur du libéralisme économique ? Il faut critiquer cette tendance fusionnelle et maladive et en analyser les conséquences sur nos vies.
Fusion : pertes d’emploi et services plus dispendieux
LA seule fusion des banques Royale et de Montréal fera en sorte que 70 % des succursales bancaires canadiennes seront sous leur contrôle avec une proportion équivalente des actifs bancaires. Le pays aura tout intérêt à ce que cette banque ne se trompe pas, car 70 % des actifs seront mal gérés. En effet, 150 municipalités canadiennes perdraient leur unique succursale suite à cette fusion. Des pertes d’emplois se chiffrant à 30 000 sont prévues. Rappelons que pour leur part, ces compagnies ne sont pas déficitaires ou faiblement bénéficiaires. Au contraire, ces fermetures, ces coûts de services et ces mises à pied n’ont qu’un seul but : permettre aux banques de devenir plus grosses, encore plus grosses et toujours pl us grosses. Et tant pis pour les épargnants, les communautés, les travailleuses et travailleurs, les gouvernements et, pourquoi pas, tant pis… pour tout le monde.
Banque ou dinausaure…
COMME les dinosaures, plus une banque est grosse, plus elle est bête. Dix des 20 plus grosses banques au monde sont « dans le rouge », c’est-à-dire déficitaire. Rappelez-vous l’effondrement de la Barrings, les scandales à la source de la crise bancaire japonaise (où on retrouvait pourtant les plus grandes banques mondiales) et l’effondrement de l’empire canadien Olympia and York qui coûta des centaines de millions aux contribuables canadiens et 799 millions à la CIBC en plus de 2 500 emplois pour éponger ses mauvais placements en empire immobilier. Deux mille cinq cents familles ont payé pour la mégalomanie d’un ou deux dirigeants, au salaire démesuré (et déductible d’impôts, donc payé par les contribuables).
Il faut donc refuser la constitution d’un quasi monopole bancaire et plutôt exiger que ces banques cessent de « siphonner » les communautés à leur unique profit. Aux États-Unis, le Community Reinvestissement Act fut promulgué. Il força les banques états-uniennes à réinvestir dans les communautés une part de leurs profits en programmes de micro-prêts, en logements sociaux, en capitaux de risque pour les PME, etc. Les banques doivent cesser d’écrémer la collectivité puis de partir avec la caisse investir dans des firmes quasi esclavagistes qui exploitent les populations des pays du Sud.
Et surtout, il ne faut pas croire que le repli stratégique du ministre des Finances, Paul Martin, est une victoire pour les opposants à la fusion des banques. Ce repli, au contraire, devrait lui permettre d’ouvrir les frontières aux banques américaines. Cela ne sera pas beaucoup mieux, malheureusement.
