15 ans après le massacre à l’école Polytechnique
C’était le 6 décembre 1989, en fin d’après-midi. Ça a duré 45 minutes. Quarante-cinq minutes d’enfer pour les 27 étudiantes de l’École polytechnique de Montréal qui ont été la cible du tireur Marc Lépine. Parmi les victimes, quatorze y ont laissé leur vie. Une telle tragédie aurait-elle pu être évitée ? Probablement, si la Loi C-68 avait été votée avant cet événement tragique…
Deux ans après la tuerie du 6 décembre 1989, une première loi canadienne sur le contrôle des armes à feu a été adoptée, la Loi C-17. Elle a été révisée et six ans plus tard, en 1995, la Loi C-68 fut adoptée. Des modifications furent apportées : plusieurs armes d’assaut militaires et armes de poing à canon court ont été prohibées ; les propriétaires d’arme à feu se sont trouvés dans l’obligation de posséder un permis et d’enregistrer leurs armes ; les restrictions concernant les armes de poing ont été augmentées, de même que le nombre de mesures visant à réduire le trafic illicite d’armes.
Cependant, les coûts relatifs à la gestion de ces armes sont considérablement élevés. C’est en s’appuyant sur cet argument qu’en 2003, les chefs de l’Alliance canadienne et du Parti conservateur, Peter Mackay et Stephen Harper, supportés par les propriétaires d’arme à feu, ont tenté d’abolir la Loi. Malgré cette campagne hostile et des coûts dépassant largement les prévisions budgétaires (de huit millions au départ, elles se chiffraient déjà à 600 millions en 2001), la Loi C-68 fait encore l’unanimité avec un appui de 74 % de Canadiens Canadiennes.
En 2003, les chefs de l’Alliance canadienne et du Parti conservateur, Peter Mackay et Stephen Harper, supportés par les propriétaires d’arme à feu, ont tenté d’abolir la Loi
Aujourd’hui, on peut mesurer de manière tangible les changements opérés dans la population canadienne. On se rend compte que les résultats engendrés par l’adoption de la Loi C-68 sont éloquents.
Ainsi, 90 % des propriétaires d’armes se sont munis d’un permis et 80 % des armes ont été enregistrées, diminuant de beaucoup les quelque 16 millions d’armes non-enregistrées en 1989. Depuis l’adoption de la Loi en 1995, le nombre de blessures et de décès par arme à feu à drastiquement diminué, le taux de décès par balle étant à son plus bas au Canada depuis les trente dernières années. Le taux de vols à main armée a chuté de plus de 62 % depuis 1992 et de 1999 à 2003, 9000 Canadiens se sont vus refuser l’accès à une arme à feu ou se sont fait révoquer leur arme.
Si la Loi C-68 avait été votée avant le drame meurtrier du 6 décembre 1989, quinze vies auraient-elles pu être épargnées ? Selon les restrictions imposées par la Loi, Marc Lépine n’aurait pu se procurer l’arme semi-automatique Sturm-Ruger Mini-14 à chargeur de 30 balles qui lui a permis de tuer quatorze étudiantes et de s’enlever la vie par la suite. Nul besoin de rappeler, ne serait-ce qu’à la mémoire des quelque 1 367 personnes décédées par arme à feu en 1989, dont celles de Polytechnique, que l’investissement en vaut le coup. La vie n’a pas de prix. Les victimes, ne doivent plus payer pour ceux qui ne veulent pas appuyer la Loi C-68, même faute d’argent. Car il en coûtera cher aux victimes et à leurs proches, trop cher en douleurs et en regrets…
Sources :
Le contrôle des armes : 14 ans plus tard, décembre 2003 (site internet)
The Montreal Massacre. CBC Archives, 1999 (site internet)
Pour se souvenir et agir
Le 5 décembre 1999 a été inauguré la Place du 6 décembre, située à l’angle du chemin de la Reine-Marie et de l’avenue Decelles, site commémoratif pour inscrire à jamais dans la mémoire collective la tragédie de l’École polytechnique survenue en 1989. L’artiste Rose-Marie Goulet et l’architecte de paysage Marie-Claude Robert ont érigé un monument à partir des noms et des dates de naissance des quatorze jeunes femmes abattues il y a 15 ans.
Un lieu de recueillement qui, comme le souhaitent les membres de la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence, invitera à la réflexion … et à l’action.
Source : La Gazette des femmes, novembre-décembre 1999 Vol. 21, n° 4 Block notes. Annie Savoie



