Service de santé et services sociaux

C’est en 1996 que fut créée une Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social. Elle a proposé une révision en profondeur de la politique en ma­tière de santé et de bien-être social ainsi qu’une refonte complète du système de distribution de services de santé et des services sociaux. Au terme de son travail, il en est ressorti que sa préoccupation majeure était de rendre des ser­vices de santé accessibles à tous les citoyens et citoyennes quels que soient leur richesse ou leurs revenus. La Commission était également sensible à l’aug­mentation des coûts de la santé, et pour cela, elle souhaitait que l’État inves­tisse dans la prévention.

Au Québec, on peut affir­mer que la Réforme des années 70 fut un véritable bouleversement dans le do­maine de la santé ! En effet, en plus de l’introduction du régime universel d’assu­rance-maladie en 1971, l’im­plantation des Centres lo­caux de services commu­nautaires (CLSC) s’amorça. À l’origine, le gouverne­ment prévoyait 210 CLSC; aujourd’hui, il n’en existe que 146 dont la moitié sont fusionnés avec un autre éta­blissement ou plus dont la mission est totalement dif­férente de celle des CLSC.

Perte du pouvoir médical

Au début, le ministère y alla timidement dans la dé-finition des CLSC car les méde­cins contestaient énergique­ment cette nouvelle organi­sation qui prévoit la préven­tion médicale, sociale ainsi que l’organisation commu­nautaire. En fait, la Fédéra­tion des médecins omnipra­ticiens du Québec a déclaré une véritable guerre à ces établissements y voyant une menace à l’exclusivité du pouvoir professionnel du médecin et une attaque directe à la pratique privée de la médecine. Il faut pré­ciser que travailler en CLSC pour un médecin est bien moins rémunérateur que dans une clinique privée où le salaire est à l’acte.

Alors que les CLSC de­vaient être des établisse­ments de petite taille dotés d’une organisation simple et d’une gestion participati­ve tout en étant près des po­pulations, voilà qu’ils sont devenus de grosses organisa­tions hiérarchisées, dou­blées d’une gestion dans laquelle la consultation aveses travailleurs et travailleu­ses n’existe plus et dans laquelle le partenariat direc­tion/salarié-e-s et la trans­parence tant louée sont en voie de disparition pour ne pas dire complètement dis­parus.

Une mission sans cesse redéfinie

Depuis 1971, la mission des CLSC fut définie à plusieurs reprises jusqu’en 1988, date du rapport de la Commis­sion d’enquête appelée Rochon (où participait mon­sieur Jean-Pierre Duplantie, directeur de la Régie régio­nale de la santé et des ser­vices sociaux de l’Estrie).

À présent, les CLSC se dé­connectent de leur popula­tion et de leur réalité; les programmes que mettent sur pied les organisateurs et organisatrices communau­taires viennent de plus en plus du ministère et de la Régie régionale, qui ensem­ble, ont décidé des pro­blèmes que vivent les com­munautés.

En Estrie, l’équipe syndi­cale régionale FSSS et CSN (Fédération de la santé et des services sociaux – Confé­dération des syndicats na­tionaux) a rencontré ses membres dans sept CLSC pour connaître la réalité « Mission CLSC » suite aux fusions de cinq CLSC ru­raux à des CHSLD (Centres hospitaliers de soins de lon­gue durée) et des CH (Cen­tres hospitaliers) suite au virage ambulatoire.

Ces travailleurs et travail­leuses CLSC nous ont dit qu’ils ne pouvaient plus faire leurs interventions se­lon les règles de leur pro­fession ou de leur métier. Il faut aller au plus pressé, in­tervenir à court terme et répondre « aux priorités » de la Régie et du ministère, que l’on surnomme, malheu­reusement, « les clientèles vulnérables ». L’accessibili­té, l’universalité et la gratui­té qui sont des concepts de base de notre système de santé et des services sociaux sont en grave danger.

Le sort que notre gouverne­ment réserve aux CLSC donne un avant-goût de ce qu’il réserve aux services de santé et aux services so­ciaux publics.

 

 

 

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