La mondialisation dans notre cour

1 avril 2005
Crédit image : Pierre Berger

Fermeture de Les Tissages de Sherbrooke

Un autre coup dur vient d’être porté au quartier ouest de la ville de Sherbrooke, quartier qui a longtemps rythmé sa vie à la vigueur de ses usines. Un quartier de factries, comme l’a si bien chanté Clémence Desrochers. Aujourd’hui, c’est au tour de l’usine Les Tissages de Sherbrooke – anciennement C.S. Brooks/ Dominion Textile – de fermer ses portes.

C’est toute une page d’histoire qui vient d’être tournée. En effet, il faut savoir que c’est à la fin du 19` siècle que Sherbrooke a commencé à être un centre important dans le domaine des industries textiles et métallurgiques. En témoignent l’impor­tante augmentation démographique entre 1891 et 1931 dans les quartiers sud et ouest alliée à une forte expansion, spécialement grâce à l’arrivée d’industries et de la construction du réseau ferroviaire entre 1910 et 1915.

Pas d’investisseurs d’ici… mais des concurrents d’ailleurs

En attente d’une reprise des opérations depuis les Fêtes, la Coopérative de travailleurs a officiellement annoncé, le 30 mars dernier, sa fermeture définitive. Ce n’est pas de gaieté de cœur que les 160 travailleurs et travailleuses ont accepté ce verdict malgré les nombreux efforts déployés parla direction, le syndicat (CSD) et la coopérative pour trouver les cinq à six millions manquants. La coopérative avait besoin de ces sommes pour fabriquer des tissus haut de gamme afin de mieux faire face à la concurrence grandissante sur les marchés mondiaux du textile.

Par ailleurs, les principaux partenaires financiers, Desjardins, Investissement-Québec et la Banque de développement du Canada ont refusé de s’impliquer dans une nouvelle relance. En effet, c’est le 23 janvier 2003 que les, employés de Les Tissages de Sherbrooke de même que des investisseurs privés avaient redémarrer l’usine en rachetant les installations de C.S. Brooks. Pour ce faire, les employés avait fondé une coopérative et accepté un prélèvement de 0.32 cents l’heure sur leur salaire, ce qui représente une perte virtuelle de 3000 $ à 4000 $ pour chacun.

Tomber dans les griffes de la mondialisation

La vigueur du dollar canadien et l’abolition des quotas d’im­portation sur les produits textiles décrétés par le gouvernement fédéral de Paul Martin et entrant en vigueur le 1er janvier dernier, n’ont fait qu’accentuer les difficultés et favoriser les importations de textiles de l’extérieur, entre autres, de l’Asie. Pourtant, cinq à six millions, ce n’est pas beaucoup de nos jours. Quand il s’agit de sauver des emplois dans des secteurs maintenant « à risque », les politiciens fonda sourde oreille. Ils préfèrent verser des crédits d’impôts et des subventions aux transnationales plutôt que de soutenir l’économie locale. En plus, ils engagent les États avec la signature de traités commerciaux où la préoccupation de perte d’emplois n’apparaît nulle part dans ces ententes. Mondialisa­tion néolibérale oblige, nous dit-on, mais ce sont des choix politiques que le gouvernement actuel pourrait ne pas faire et que nous pouvons changer si nous le voulons vraiment !

Il y aura bien sûr la mise sur pied par Emploi-Québec d’un comité de reclassement pour aider ces gens à se trouver un autre emploi mais ça ne sera pas facile car la moyenne d’âge des ex-employés est de 50 ans. Quelques-uns resteront dans le même domaine mais pour la plupart, l’avenir s’annonce incertain. Après tant d’années d’expérience dans ce domaine (25 ans et plus pour certains), la crainte est grande de se trouver un autre emploi au salaire minimum. Le conseiller syndical Denis Vigneault de la CSD-Estrie a dénoncé l’absence d’un programme de soutien pour les travailleurs âgés victimes de licenciements collectifs. Y répondre, serait la moindre des choses ! Voilà un motif supplémentaire de se mobiliser collectivement pour l’amélioration de nos conditions de travail et de vie en général. Le 1er mai sera une occasion importante de le faire !

 

 

 

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