Liberté et responsabilité
La chute du mur de Berlin, l’ouverture de la frontière entre les deux Allemagnes, puis leur réunification constituent, pour les Allemands, les événements marquants de cette fin de siècle. En décembre 1989, au plus fort de ce tournant, près de la moitié des Allemands de la République fédérale, c’est-à-dire ceux de l’ouest, ont pleuré et déclaré que ces jours étaient les plus heureux de leur vie.
Depuis, l’euphorie est retombée et la dimension historique et libératrice de ces événements a été évacuée à toutes fins pratiques au profit des questions économiques, du moins selon les médias. Il n’en est pas de même pour les réalisateurs de films, grâce auxquels nous avons eu droit à de magnifiques productions au cours de ‘automne dernier.
Passé pas si lointain
D’abord dans le cadre de sa semaine allemande, ensuite lors de la semaine québécoise de la citoyenneté, l’université Bishop’s a présenté un documentaire et deux longs métrages dans lesquels on retrouvait un thème commun : la répression, la brutalité, l’arbitraire, l’omniprésence, le pouvoir du service de sécurité de l’état, la STASI, (Slaatssicherheitsdienst). Des chiffres pour 18 millions d’habitants, 91 mille employés à temps plein et 175 mille informateurs non officiels, ce qui représente un espion de l’État par 65 habitants. Les yeux et les oreilles de la STASI étaient partout, au travail dans les syndicats, les blocs appartements. Parfois, il s’agissait d’un frère, d’une amie, du mari, de la fille… C’est ce que découvrent des milliers, des millions de citoyens de l’ancienne République démocratique qui, aujourd’hui, ont accès à leur dossier ( un parmi les 180 kilomètres de documents), une information parmi les 40 millions de fiches. Des fiches qui ne contiennent que des banalités, qui font se figer ou fondre en larmes ceux qui veulent savoir, mais qui soulagent aussi, en révélant que l’indicateur n’était pas la personne que l’on soupçonnait.
Le quotidien au présent
La vie, le quotidien des Allemands de l’Est a change. L’État ne garantit plus de travail dans ses entreprises. Les nouveaux « l.änder », de l’équivalent à nos provinces, sont soumis aux mêmes règles de marché que le reste de l’Europe, et légions sont les entreprises qui n’ont pu affronter la concurrence et qui ont été liquidées, mettant à pied des milliers de travailleurs.
Il en est de même pour le logement; il revient à chacun de se loger en fonction de son budget. Les prix de certains aliments de base, autrefois subventionnés par l’État socialiste, ont bondi. Les femmes n’ont plus accès à l’avortement sur demande et les garderies pour les petits ne sont plus gratuites.
Mais si cela ne plaît pas aux nouveaux citoyens. ils peuvent le crier sur les toits et même adhérer au parti qui a remplacé l’ancien parti unique, parti tellement unique qu’on l’appelait « le parti ». Et en plus, ils peuvent voyager, aller voir ces pays dont ils ne connaissaient que le reflet sur le petit écran. Aussi. ils n’ont plus besoin d’attendre jusqu’à dix ans pour obtenir le téléphone. Finalement. ils peuvent adhérer à la religion de leur choix et la pratiquer ouvertement sans craindre d’être pénalisés lors de l’attribution des places d’études.
Ils ont gagné en liberté, mais également en responsabilités.



