La recette du « beau, bon, pas cher »

30 janvier 1999

Pour la compagnie de meubles suédoise Ikea

C’est bien connu, les meubles de la compagnie suédoise Ikea font fureur partout dans le monde. Grâce à son design moderne et son prix peu élevé, la bibliothèque Ikea qui trône au milieu de votre salon vous a peut-être séduite au premier coup d’œil. Mais lorsque l’on apprend l’origine de son concept du « pas cher », la bibliothèque en question devient beaucoup moins attrayante…

Il faut comprendre que le système de sous-traitance sur lequel s’assoit le géant sué­dois du meuble pour offrir des prix aussi compétitifs en est un qui exploite sournoise­ment les populations de pays pauvres, en autres, ceux de l’Europe de l’Est ou de l’Asie et, principalement les Philip­pines.

En effet, un reportage de la télévision suédoise, transmis sur les ondes de Radio-Canada l’automne dernier, a permis de lever le voile sur la façon dont Ikea s’y prend afin de vendre ses meubles le moins cher possible.

Sous-traitance ou exploitation

Lorsque la compagnie tran­sige avec un sous-traitant (généralement situé dans un pays où les conditions de travail ne sont pas prioritai­res), elle exige souvent du fabricant local d’avoir l’ex­clusivité de la production de ce dernier en y mettant le prix fort. Les propriétaires de ces petites fabriques, trop heu­reux de bénéficier de ce contrat lucratif de la part d’un client prestigieux, ne voient malheureusement pas le dan­ger de traiter avec un seul client.

Par la suite, Ikea diminue les montants qu’elle accorde à ses sous-traitants d’année en année. Ces deniers, liés par une clause d’exclusivité, n’ont d’autres choix que d’accep­ter ces baisses de revenus. Et ces sous-traitants, qui tien­nent à conserver le même niveau de profits, coupent les frais de production autant qu’ils le peuvent. S’en sui­vent alors des baisses de sa­laire importantes et des nor­mes de sécurité déficientes.

On a d’ailleurs observé, du­rant le reportage télé, des ouvriers trempant des chaises dans des solutions acides sans même porter de gants et des contraintes de venir travailler avec de jeunes enfants qui dorment sous des métiers à tisser dans des ateliers où l’air est irrespirable.

Bien qu’Ikea l’interdise et menace de couper les ponts avec les sous-traitants qui passeront outre, certains sous-traitants embauchent même des enfants comme ouvriers. Malheureusement, aux dires des sous-traitants eux-mêmes, les inspections se font plutôt rares et même si une fabrique se fait prendre en flagrant délit, elle ne reçoit qu’un avertissement. La compagnie Ikea préfère fer­mer les yeux sur un système de production malsain qu’elle-même a contribué à créer.

Alors, toujours beaux, bons, pas chers les meubles Ikea ?