Stage en terre africaine
L’hiver dernier, par le biais du Collège de Sherbrooke et du Carrefour de Solidarité Internationale (CSI), je m’envolais, avec sept compagnes, vers un autre monde, une autre planète… l’Afrique ! Étudiant en techniques de travail social, j’avais obtenu la chance, au printemps 2003, d’aller effectuer mon stage terminal au Mali. Cette opportunité est accordée annuellement, depuis bientôt quinze ans, à quelques étudiantes et étudiants désireux de se frotter à une toute autre réalité que la leur. Pour ma part, j’ai fait mon stage à la Clinique juridique Demeso, organisme ayant pour mission de promouvoir la démocratie et les droits de l’Homme.
Vivre en Afrique fut pour moi l’occasion de réaliser des expériences susceptibles d’influencer positivement mon cheminement. Bien plus qu’un simple séjour à l’étranger (et au-delà du stage), ce périple africain m’aura transporté sur de nombreux sentiers d’où une paire d’espadrilles n’aurait jamais accès ! Ici, je parle de la réflexion que l’on porte sur ses propres valeurs et celles que l’on croyait bien aveuglément être siennes, sur sa conception de ses rapports sociaux ainsi que ceux avec l’environnement… Le Mali dans sa pauvreté et dans ses différences avec le Québec, se révèle être une gifle portée à l’orgueil et l’indifférence envers les jeux de domination interplanétaire et le fait que nous ne sommes pas seuls, identiques, et choyés de la même façon. Et pourtant, nous nous valons tous ! Mon passage dans ce pays m’a fait réaliser à quel point l’humain est synonyme de richesse.
L’individu pauvre sera celui qui est seul et c’est pourquoi les Maliens se considèrent si riches.
Au Mali, cinquième pays au chapitre de la pauvreté, il est frappant de constater à quel point la richesse de biens est rare et compartimentée. Pourtant, ces deux mois auront été parmi mes plus beaux, car là-bas, nombreux sont les connaisseurs de la vraie richesse. Sur cette terre d’Afrique, les rapports sociaux et familiaux sont tout autre, en fait ils sont « tout ». L’individu pauvre sera celui qui est seul, et c’est pourquoi les Maliens se considèrent riches. La vie de communauté de partage et de fraternité est frappante et influe sur toutes les facettes de la vie courante. Prendre le temps. Le temps de parler, d’écouter, de rire, de connaître… de grandir. Ainsi bât le rythme du Mali, sous le soleil et les discussions ! Il y a encore des endroits sur cette planète où l’humain prend le temps de goûter à la vie et c’est là-bas que je l’ai réalisé.
Avec une démographie d’environ 11 millions d’habitants, le Mali est l’un des plus grands pays d’Afrique, dont près de 15 % dans la capitale, Bamako. Il ne faut pas se leurrer car même dans un pays défavorisé comme le Mali, « l’étatsunisation » se fait sentir dans la capitale, venant ainsi heurter mon innocence utopiste. La commercialisation ainsi que l’accroissement rapide des communications et du transport sont en essor, tandis que le capitalisme placarde les rares avenues de publicités « rafraîchissantes ». Avec comme salaire quotidien moyen un dollar et quelque américain, et le litre de gasoil (type d’essence la moins chère au Mali et interdite dans la grande majorité des pays occidentaux car ne répondant pas aux normes gouvernementales) frôlant le dollar et demi, il en résulte une pollution inévitable… Malgré tout, les gens sont si gentils, chaleureux, accueillants, débordants d’envie d’en connaître sur le monde ! Certes, leur rythme est lent; certes, il leur faut travailler… mais aussi et surtout, discuter !
Avec un peu d’effort, nous pourrions grandir en bonne compagnie !
Parallèlement, ou à l’opposé, le Mali est le peuple de la brousse, des petits villages, inexorablement nombreux, constitués de près de neuf millions d’individus. Cette réalité se dessine autrement, avec l’absence généralisée de tout luxe (eau courante, électricité, électroménagers, moyens de communication ou de transport modernes, outils…). Pour un rêveur comme moi, un tel coin de pays ne peut que s’apparenter au paradis ! La vie communautaire bât son plein et nous révèle de l’humain, ses origines et son évolution. La vie commence bien avant le lever du jour et se termine tard la nuit…elle ne s’arrête jamais.
Le Mali est un pays musulman et polygame, distinct de notre imaginaire façonné par les Talibans ces dernières années. Le respect et la complémentarité se perçoivent malgré la différence entre les sexes et les rôles. Chacun et chacune peut y trouver sa part de bonheur.
À cet égard, il est important, tant pour un individu voyageant à l’étranger que pour celui qui vit dans son propre pays, d’être attentif à la différence et de s’enrichir au contact culturel. Nous cohabitons tous et toutes sans vraiment nous connaître. Avec un peu d’effort, nous pourrions grandir en bonne compagnie !



