Australie, terre d’exil pour les Patriotes de 1838
Je m’avance chargé d’une moitié de la terre
La maison est loin encore
Et la mort si proche
Fernand Dumont
Parramatta, route et rivière sur la terre australienne, signifia, pour les Patriotes exilés en 1839, le bout du monde. Pour ceux qui avaient échappé à la potence dans la prison du Pied-du-Courant à Montréal, ce fut, pour avoir la vie sauve, le prix à payer pour retrouver la liberté.
La romancière, Louise Simard, auteure de romans historiques, nous dévoile, à travers ses personnages Désiré Bourbonnais, Étienne Langlois et Hippolyte Lanctôt, le tragique destin de ces Canadiens-français, destin qui bascula lors des soulèvements en chaîne de Napierville, Lacolle, et Odelltown, entre autres.
Contrôle des conquérants
Nous sommes en 1838. Autant dans le Haut-Canada que dans le Bas-Canada, la révolte gronde : ces gens n’en peuvent plus d’être écrasés par le pouvoir politique et financier des conquérants anglais, lesquels contrôlent toute l’économie et la distribution des terres. Le peuple réclame plus de justice et de partage équitable. Les insurgés seront défaits et amenés prisonniers. Quelques-uns seront pendus; d’autres, (141 insurgés, dont 58 francophones), seront déportés en Australie.
Entassés dans la cale sombre et basse du Buffalo, ces derniers trouveront la traversée des océans douloureuses et leur exode plus lourd encore que ces chaînes attachées à leurs pieds lors de leur arrestation. Perdus au cœur de ce nouveau continent, ces hommes feront preuve de courage et de ténacité malgré des conditions de détention précaires, liées à une promiscuité omniprésente. La vie des forçats dans le camp de travail de Longbottom n’est pas facile; elle porte en elle les germes de l’adversité, égoïsme et solidarité.
Jour après jour, chacun aura à se confronter avec lui-même ou avec les autres. La beauté envahissante de la campagne australienne n’aura de cesse de raviver leur ennui et, malgré cela, plus que jamais, ils garderont en eux l’espoir de retourner un jour au Canada. Ces hommes souffrent et ont le mal du pays et pleurent ceux qu’ils ont laissés derrière eux. Les grands espaces, les vents et les neiges qui donnent naissance aux verdoyants printemps leur manquent plus que jamais. Et lorsqu’ils seront libérés du camp de travail de Longbottom, l’apport chaleureux de certains habitants les aidera à survivre.
Teinté à l’encre d’un vocabulaire recherché, ce roman historique témoigne d’une maturité littéraire ainsi que du respect et de l’affection de l’auteure pour ses personnages. D’une main généreuse et sensible, Louise Simard nous trace la route de Parramatta où s’est jouée la vie de ces Canadiens-français. Une vie mêlée de courage, d’espoir, de lutte, d’aventure et de danger. Une vie profondément humaine, en quête de liberté…
SIMARD, Louise. La Route de Parramatta. Éditions Libre Expression, Montréal, 1998, 500 p.



