La Route de Parramatta

30 janvier 1999

Australie, terre d’exil pour les Patriotes de 1838

Je m’avance chargé d’une moitié de la terre
La maison est loin encore
Et la mort si proche
Fernand Dumont

Parramatta, route et rivière sur la terre australienne, signifia, pour les Patriotes exilés en 1839, le bout du monde. Pour ceux qui avaient échappé à la potence dans la prison du Pied-du-Courant à Montréal, ce fut, pour avoir la vie sauve, le prix à payer pour retrouver la liberté.

La romancière, Louise Simard, auteure de romans historiques, nous dévoile, à travers ses personnages Dé­siré Bourbonnais, Étienne Langlois et Hippolyte Lanctôt, le tragique destin de ces Canadiens-français, destin qui bascula lors des soulè­vements en chaîne de Napierville, Lacolle, et Odelltown, entre autres.

Contrôle des conquérants

Nous sommes en 1838. Au­tant dans le Haut-Canada que dans le Bas-Canada, la révolte gronde : ces gens n’en peuvent plus d’être é­crasés par le pouvoir politi­que et financier des conqué­rants anglais, lesquels con­trôlent toute l’économie et la distribution des terres. Le peuple réclame plus de jus­tice et de partage équitable. Les insurgés seront défaits et amenés prisonniers. Quel­ques-uns seront pendus; d’autres, (141 insurgés, dont 58 francophones), seront déportés en Australie.

Entassés dans la cale som­bre et basse du Buffalo, ces derniers trouveront la tra­versée des océans doulou­reuses et leur exode plus lourd encore que ces chaînes attachées à leurs pieds lors de leur arrestation. Per­dus au cœur de ce nouveau continent, ces hommes fe­ront preuve de courage et de ténacité malgré des condi­tions de détention précai­res, liées à une promiscuité omniprésente. La vie des forçats dans le camp de tra­vail de Longbottom n’est pas facile; elle porte en elle les germes de l’adversité, égoïsme et solidarité.

Jour après jour, chacun aura à se confronter avec lui-même ou avec les autres. La beauté envahissante de la campagne australienne n’au­ra de cesse de raviver leur ennui et, malgré cela, plus que jamais, ils garderont en eux l’espoir de retourner un jour au Canada. Ces hom­mes souffrent et ont le mal du pays et pleurent ceux qu’ils ont laissés derrière eux. Les grands espaces, les vents et les neiges qui don­nent naissance aux ver­doyants printemps leur man­quent plus que jamais. Et lorsqu’ils seront libérés du camp de travail de Long­bottom, l’apport chaleureux de certains habitants les aidera à survivre.

Teinté à l’encre d’un voca­bulaire recherché, ce roman historique témoigne d’une maturité littéraire ainsi que du respect et de l’affection de l’auteure pour ses per­sonnages. D’une main gé­néreuse et sensible, Louise Simard nous trace la route de Parramatta où s’est jouée la vie de ces Canadiens-français. Une vie mêlée de courage, d’espoir, de lutte, d’aventure et de danger. Une vie profondément hu­maine, en quête de liberté…

SIMARD, Louise. La Route de Parramatta. Éditions Libre Ex­pression, Montréal, 1998, 500 p.

 

 

 

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